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LITTERATURE


Quinsac / Beigbeder à Vaugoubert

Descendant d'Hugues Capet, Frédéric Beigbeder aurait pu naître en Périgord : heureusement pour lui c'est à Neuilly qu'il a vu le jour. On peut dire qu'il l'a échappé belle !

 Je me méfie des biographies et plus encore des  autobiographies. Ce sont des exercices littéraires, à mi-chemin de l'hagiographie (ou du dénigrement partisan, voire de l'autoflagellation parfois) et du plaidoyer pro-domo, suspects à tous égards. Longtemps, avant qu'ils se dessillent, n'ont trouvé grâce à mes yeux que, remises en forme par d'habiles nègres, les confessions de marins, de mineurs de fond, de prêtres cauchois… ou de serruriers poitevins  publiées notamment chez Plon dans la collection «Terre Humaine ». Les unes et les autres eurent leur heure de gloire avant que peu à peu, le paysage social et politique s'étant radicalement transformé, leur lectorat s'érode.

Les éditeurs, flairant l'air du temps, ont dû  laisser tomber le filon, remis au jour par la culture soixant'huitarde, de ces témoignages prolétariens, ressucée du mouvement littéraire fondé dans l'entre deux guerres par Henry Poulaille. Comme il fallait bien offrir quelque chose à lire, qui soit en phase avec la vacuité intellectuelle des   « bobos » et des ménagères de moins de cinquante ans, les comités de lecture des grandes maisons dénichèrent rapidement des bataillons de pisse-copie dont les œuvrettes portées trop souvent à l' écran malmènent le cinéma français !

 

Snob décalé, dandy, contestataire d'opérette, bateleur médiatique, publicitaire éhonté … mais aussi homme de plume préféré des bourgeoises en espérance d'encanaillement machiste et d'orgasme adultérin, le happy few Frédéric Beigbeder devint très vite une de ces planches de salut de la république des lettres tombée  sous le joug des chiffres du tirage comme la télévision est inféodée maintenant aux résultats des performances audiométriques !

 

L'auteur Grasset  mérite mieux cependant que sa réputation frivole le donne à penser.  Windows on the World honorable prix Interallié 2003 , livre dépourvu de happy end retraçant un épisode fictionnel crédible d'un dramatique onze septembre ne tentera jamais, sauf modification de l'épilogue (La tentative d'adaptation de Max Pugh semble bien avoir fait long feu),  les cinéastes et les producteurs.  L' écriture et la trame du roman, performance rarement atteinte, demeurent toujours captivantes et c'est bien suffisant car si tous les écrivains ambitionnaient de faire oublier Shakespeare ou Céline combien d'entre eux entreprendraient-ils de noircir des feuilles blanches ?

      L'an passé Frédéric Beigbeder a obtenu le Prix Renaudot avec « Un roman français ». L'ouvrage, à la croisée de la retenue pudique et de l'exhibitionnisme, n'est pas sans défauts. Il est cependant habilement construit à partir d'un incident mineur : la garde à vue de l'auteur interpellé pour consommation de cocaïne et maintenu incarcéré dans les locaux de la police durant plus de  36 heures. Cette épreuve est propice à un de ces retours sur soi et à une réflexion sur le passé et l'avenir auxquels sont soumis un jour tous(tes) les quadras  ou quinquagénaires.

Elle inspire à l'auteur quelques belles pages (1) et autant de considérations frondeuses ou désabusées sur l'existence. Annoncé comme un « Roman » le texte relève  pourtant du récit autobiographique, qui, toutes réserves gardées, n'est pas sans rappeler les excellents « Nain jaune » et autre « Zubial » des Pascal et Alexandre Jardin.

Pouvais-je m'attendre, en m'aventurant dans la lecture de ce « roman français » si éloigné de mes choix littéraires ordinaires, à y dénicher la petite perle d'une référence au vieux, triste et douloureux pays périgourdin ? « Beigbeder au Pays de l'homme » Quoi de plus improbable ! Frédéric (et son frère Charles, ex patron de POWEO qui, aujourd'hui investit dans l'agroalimentaire) ont pourtant des attaches solides en val de Dronne.  Leur aïeule maternelle, « une » « de Chasteignier de La Rocheposay » fut propriétaire du château de Vaugoubert à Quinsac toujours détenu par ses descendants qui exploitent les terres de ce domaine principalement dévolu à ces « cultures céréalières industrielles » qui ne boudent sûrement pas les OGM !

 

Petit garçon, Frédéric Beigbeder eut certainement l'occasion d'arpenter en long et en large les allées du parc qu'ombragent les ramures exubérantes des feuillus ; Peut-être s'aventura-t-il jusqu'aux carrières d'où furent extraits, plus de 3 siècles auparavant, les quartiers de pierre destinés à la construction de la fastueuse demeure d'Antoine-Armand-Angélique d'Aydie ? La question mériterait de lui être posée. Sans doute, en y répondant, ferait-il aussi la narration d'une possible escapade clandestine  jusqu'au magnifique four à chaux rupestre dont l'orifice baille traîtreusement à fleur de terre au sud de la demeure acquise par ses ancêtres ?  (Quinsac: le four à chaux de Vaugoubert) (2)

 

Visitant les lieux en juin 2008 les adhérents racornis de la S.H.A.P (Sté historique et archéologique de Périgord, dite la grabataire de la rue du Plantier) n'ont apparemment pas recueilli, à en croire le compte-rendu publié dans leur bulletin trimestriel, les témoignages d'éventuelles frasques enfantines ou adolescentes du futur  Prix Renaudot dont le père, mari de Christine de Chasteignier était, (quelle honte !)  d'extraction plébéienne … comme l'atteste le lieu de résidence de la petite famille Beigbeder : Neuilly !

 

 

Ch.C le 31/1/2010 21h21 & le 1/2/2010 14h 45

 

(1) Télescopage de l'actualité aidant on savoure avec un vif plaisir cette apostrophe visant le procureur de la république de Paris, le désormais célébrissime  « Jicé » (Jean-claude Marin qui, en service commandé, s'acharne aujourd'hui sur Dominique de Villepin comme il se réjouissait, hier, de maintenir  le fêtard Beigbeder derrière les barreaux pour un délit qui n'aurait même pas mérité une « ligne » (de coke) dans n'importe quel quotidien !

(2) "Mon paradis c'est la plage de Cénitz à Guethary, le parc de la Villa Navarre à Pau, la colline du château de Vaugoubert à Quinsac, les reflets verts des avenues de Neuilly et des allées du Bois de Boulogne : c'est un monde révolu. La France dans laquelle j'ai grandi n'avait rien à voir avec celle d'aujourd'hui, je la décris sans nostalgie, comme une contrée imaginaire, comme si mon passé était une fiction. Il m'a semblé redécouvrir quelque chose ou quelqu'un, une époque, une famille, un pays, mais je peux me tromper, je n'ai pas le recul nécessaire." F.B


10/02/2010
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Les belles histoires de l’oncle Pierre.

 

Les belles histoires de l'oncle Pierre.

Chapitre I

Où l'on fait connaissance avec l'oncle Pierre qui nous raconte une première histoire  

P

our nous, Vincent, François, Paul et les autres, ses neveux, Pierre Sambut-Folatron n'était guère qu'un nom souvent évoqué lors des réunions familiales, jusqu'à ce premier jour du printemps où il nous convia à partager son repas dans la belle demeure héritée de ses parents.

Il faut dire que la vie professionnelle du frère aîné d'Augustin Sambut-Folatron, notre père,  le tint durablement éloigné de la métropole et de son berceau périgourdin. L'oncle Pierre, juste entrevu à l'occasion de rares et fugaces congés exceptionnels, était attaché d'ambassade. À ce titre il sillonnait la planète au gré de ses affectations. Des pays et des continents, il en avait parcouru à satiété durant plus de trois décennies et, conséquemment, avait été témoin ou acteur de la grande et de la petite histoire de la V ème république.

Ayant fait valoir ses droits à la retraite il venait tout juste d'emménager à Castel-Cazeau, la chartreuse surplombant la vallée de la Vézère dont les murs abondaient de portraits de nos communs ancêtres.

Son union n'ayant pas eu le bonheur d'être couronnée par la naissance d'un descendant l'oncle Pierre, homme distingué aussi bon et affectueux que courtois et attentif à autrui, , n'eut rien de plus pressé, trois semaines à peine après un hasardeux retour d'Afrique, que de lancer une première invitation aux fils de son regretté frère. Il va sans dire que son courrier fut favorablement accueilli tant le désir de chacun d'entre nous était pressant de nouer des relations affectueuses et étroites avec le dernier représentant de la lignée paternelle puisque, durant l'hiver, un sort cruel avait fait disparaître notre géniteur.

Castel-Cazeau, la résidence de ses propres parents, ravis à son affection deux ans auparavant dans la chute d'un Boeing 707 sur la tour nord du World trade center, avait fait l'objet d'une restauration méticuleuse. Le résultat était superbe et derrière les murs séculaires du logis on découvrait aujourd'hui un habitat qui eut pu servir de vitrine aux promoteurs de la domotique comme des nouvelles technologies visant à économiser l'énergie !

  Malgré toutes les transformations subies par l'édifice, avec l'aimable complicité des architectes des « Bâtiments de France » d'ordinaire très sourcilleux s'agissant des initiatives du commun des mortels, celui-ci nous parut tout à fait agréable et, sans hypocrisie aucune, nous louâmes le travail accompli par un maître d'ouvrage talentueux !

Le repas fut exquis : il devait beaucoup aux talents de cuisinière de notre tante Junie, née Holly,  discrète héritière d'une des plus grandes familles d'Écosse, qui, le jour de ses épousailles, prit soin d'accoler à son nouveau nom celui de son mari français

Junie Holly-Sambut-Folatron  s'était surpassée! En entrée son foie gras poché accompagné de concombres rissolés nous surprit de prime abord mais tout aussitôt nous enchanta ! Jamais nos papilles anesthésiées par la cuisine du pays sarladais n'avaient été confrontées à une telle audace gastronomique. Notre étonnement fut plus vif encore lorsqu'elle nous proposa une oie farcie aux betteraves rouges nappée de leur jus de cuisson. Assurément ce plat apprêté de manière si originale était voué au plus grand succès, confiâmes-nous unanimement et avec un sincère enthousiasme à notre attentionnée hôtesse !

La roquette garnie de fraises rouges de Vergt, assaisonnée à l'huile de noix, au vinaigre de Pécharmant et à la pointe d'ail du plateau d'Argentine nous fit adhérer, sans plus d'hésitation, aux nouveaux standards de l'art culinaire. Comment aurions-nous pu faire autrement d'autant plus qu'un dessert succulent, une glace vanillée parsemée d'éclats de truffes, vint conclure cet inoubliable déjeuner.

Pierre et Junie nous prièrent ensuite de gagner le salon où, répartis de façon apparemment désordonnée face au  foyer d'une cheminée dévorant goulûment de grosses bûches de chêne, nous attendaient de confortables fauteuils recouverts de velours rouge.

Tandis que nos compagnes respectives se regroupaient autour de la maîtresse de maison qui s'était emparée de volumineux albums de photos retraçant leur existence nomade, leurs maris se rassemblaient autour de l'oncle Pierre, qui, café bu ,leur avait fait servir un vieil Armagnac qu'un producteur gersois de ses amis lui faisait parvenir depuis longtemps, quelque fût son adresse du moment!

D'une voix à laquelle la suavité fruitée de l'alcool avait conféré un timbre plus onctueux, le nouveau retraité s'adressa sans détour à ses neveux avides de connaître les mille et une péripéties qui avaient émaillées sa vie aventureuse.

« Puisque vous m'en priez, mes chers enfants, je vais vous narrer une des plus stupéfiantes affaires qu'il m'ait été donné de connaître alors que j'étais en poste à Nouméa. Sans doute vous rappelez-vous la lamentable opération menée, en 1985, par les services secrets de notre malheureux pays contre le « Rainbow warrior » navire de « Green Peace » !

« Il s'agissait pour le Président Mitterrand et le gouvernement Fabius. d'interdire les actions de propagande anti-nucléaire de  l'organisation écologiste déterminée à ruiner nos essais poursuivis de longue date dans le Pacifique pour une plus grande sécurité de la planète fondée sur l'équilibre de la terreur! »

« Le 10 juillet de cette année-là,  trois  nageurs de combat de la DGSE se chargèrent, alors que le Rainbow Warrior mouillait en rade d'Auckland, de le couler purement et simplement. Les événements prirent très vite une tournure dramatique avec le décès d'un photographe de Green Peace, tué par une des deux bombes placées sous la coque du vaisseau!

Rapidement interpellés par la police Néo-zélandaise les coupables reconnurent les faits ! Ils auraient pu passer 10 longues années dans les geôles du pays si le gouvernement Fabius n'était intervenu en leur faveur.

Rapatriés sur l'atoll d'Hao en Polynésie française ils regagnèrent ensuite la métropole.

Furieux de voir des assassins libérés après avoir purgé des peines symboliques alors que la justice Néo-Zélandaise les avait condamné à de prison ferme, une fraction radicale du mouvement « Vert » résolut de pallier à sa manière la défaillance de la justice.

Bénéficiant de complicité au sein même de l'État major, ces militants eurent bientôt vent de manœuvres de « la Royale » dans le Pacifique sud.

Ils apprirent par ces informateurs acquis à leur cause que l'aviso « Commandant Saucy » allait faire relâche dans le port de Nouméa  .Le « Saucy » était un magnifique navire de 5,60 mètres de tirant d'eau filant à 24 nœuds, tout juste sorti des chantiers navals de la DCN à Brest. Long de plus de 80 m il était armé d'1 tourelle de 100 mm, de 2 canons de 20 mm, d' un de 375, de 4 mitrailleuses de 12,7 mm et de 4 tubes lance-torpilles de 550 mm.

Portant le nom de l' illustre marin que fut le commandant Saucy, héros légendaire des guerres tonkinoises, cet aviso incarnait à lui seul, aux yeux des écologistes, toute la morgue hypocrite d'une nation se flattant d'avoir enfanté la république et la démocratie pour mieux bafouer, dans les faits, ces conquêtes universelles!

Objectif trouvé les écologistes échafaudèrent, dans l'urgence, un plan visant à venger la mort de leur compagnon et le plasticage du Rainbow warrior.

Deux d'entre eux, adeptes de l'exploration sous-marine particulièrement déterminés, iraient, conduits sur place par le pilote d'une chaloupe puissamment motorisée, installer par 5 m de fond, leurs mines sur la coque du Saucy. Afin d'alerter l'équipe des saboteurs de l'apparition intempestive de policiers ou de militaires, 2 complices seraient recrutés pour faire le guet!

Le premier, un grutier du port prénommé Jude, devrait , du haut de son engin, prévenir le commando de tout danger potentiel.

Le second, que dans les milieux interlopes des bars et bordels de Nouméa on connaissait sous le sobriquet de « maçon », déformation ironique de son véritable patronyme Lemasson car beaucoup prétendaient qu'il était incapable de manier une truelle en raison de la taille de son poil dans la main, se verrait chargé de faire diversion en cas d'apparition inopinée des forces de l'ordre!

Si Jude, tenu par l'appât du gain,  était un élément fiable il n'en était pas de même, loin de là, pour Lemasson. L'homme que son penchant pour les boissons alcoolisées avait conduit sur les chemins délétères du stupre et de la fornication était véritablement le maillon faible de l'opération !

La suite devait le confirmer. Alors que, mimant l' oisiveté d'un docker au chômage Lemasson allait et venait sur le quai, louvoyant entre les bittes d'amarrage, il vit soudain apparaître une séduisante hétaïre à laquelle le versement d'un acompte accordé imprudemment par ses commanditaires permettait d'avoir accès ! L'invite fut directe et la somme proposée agréée ! Oublieux du contrat et de sa mission la petite frappe accula sa vénale partenaire contre un pilier de béton du dock le plus proche et connut dans ses profondeurs tropicales une jouissance qu'il n'aurait, même dans ses rêves les plus fous, jamais osé imaginer… et qui, par voie de conséquence, le détourna de sa tâche…

S 'il n'avait cédé à ses impulsions Lemasson aurait certainement pu prévenir ses complices de l'irruption soudaine de toute un troupe d'agents de la force publique informés à temps, par des mouchards stipendiés, du projet d'attentat !

Les terroristes furent tous appréhendés en un tournemain et la marine nationale n'eut pas à déplorer la perte d'un de ses plus beaux fleurons !

Je vous l'accorde, le récit de cette affaire fut sans doute trop long, bien que des centaines de détails eussent été, volontairement, passés sous silence! Si je devais, en une formule lapidaire, la résumer…je dirais  ceci : quand les verts minent Saucy à l'eau, Jude est haut et "Maçon" nique !  »

Ch.C


20/11/2009
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Un vrai cordon bleu

 

 

Le concours de nouvelles organisé par la bibliothèque municipale de Périgueux à l'occasion de son 200ème anniversaire a été remporté haut la main, devant 131 auteurs de toute provenance, par l'écrivaine Chilienne Christina C Acrunoza. Révélée au public par Francis Fargeaudou le spécialiste arédien de la littérature francophone contemporaine, la femme de lettres qui s'exprime dans la langue de Molière recevra son prix le mardi 8 décembre des mains du président d'un jury composé de professionnels du livre, d'un représentant de la mairie de Périgueux et de lecteurs inscrits à la bibliothèque. En guise de "bonnes feuilles" argentine24 vous fait découvrir les premières pages du texte primé.

A

ujourd'hui, elle s'est retirée dans sa cuisine dont elle a laissé entr'ouverte la lourde porte à double battant. Cette pièce de l'entresol  c'est son antre où, comme chaque semaine, elle prépare, durant tout un après-midi le succulent repas dont elle honorera  trois de ses amis, d'authentiques boute-en-train et des becs fins grands amateurs de bonne chère et maîtres-queux reconnus. Puisqu'en ce début d'été indien toujours caniculaire  la température reste élevée et que la chaleur du fourneau sur lequel frissonne l'eau d'un bain-marie l'accroît sensiblement elle s'est dépouillée dans le vestibule de ses vêtements. Sur le dossier d'un fauteuil crapaud elle a étendu son tailleur pied-de-poule à la mode puis accroché au portemanteau, son soutien-gorge, sa petite culotte et ses porte-jarretelles qui flottent maintenant sous l'effet d'une brise parfumée pénétrant dans la pièce grâce aux claires-voies des persiennes maintenues tout juste entrebâillées pour préserver sa pudeur des regards concupiscents de ses voisins qui ne perdent pas la moindre occasion de se rincer l'œil depuis les fenêtres des immeubles en vis-à-vis.

Comme ils sont charmants ces sous-vêtements ; on dirait  des pavillons de courtoisie accrochés au grand mât d'un navire de haute mer habitué aux mouillages exotiques.

Gracieusement équipée d'un court tablier blanc en dentelle ajourée elle s'approche maintenant à pas comptés, carnet et crayon à la main d'une grande et rustique table de ferme à laquelle elle s'accoude. Assise sur une chaise paillée elle griffonne de temps à autres, jambes entrecroisées laissant deviner une brune toison qui vaut largement celle conquise autrefois par Jason, le menu qu'elle établit pour ses invités dont aucun, du moins le croit-elle, ne saurait mériter l'épithète de pique-assiette.

Rêveuse et yeux mi-clos, elle mordille voluptueusement la mine ! Elle retient parmi tous les ingrédients de premier choix que contient son vaste garde-manger ceux qui seront dignes de figurer dans un dîner qu'elle veut hors pair. Elle est, disent ses proches qui connaissent son exigence sans pareille et son souci du qu'en-dira-t-on , du genre soupe au lait et ne supporte pas les critiques que pourrait entraîner un faux pas. La sélection lui est un véritable casse-tête et l'énervement la gagne. Hors d'elle elle déchire une première page. Elle plisse les yeux, esquisse une grimace, secoue la tête… sa chevelure aux magnifiques reflets de jais balaie ses épaules polies et nacrées comme sous l'effet de la vague océane. Ses seins qui appellent la bouche ainsi que la pomme d'api la dent sont si lourds et si fermes que c'est à peine s'ils oscillent sous ce bref mouvement d'irritation.

Le doute l'habite ; pour l'entrée elle balance encore. Après un potage julienne à l'os à moelle servira-t-elle un vol-au-vent financière,? La longueur de la préparation de la pâte feuilletée l'en dissuade alors même, que mettre la main à la pâte lui est habituel . Se rebattra-t-elle sur une quiche lorraine ? Trop ordinaire tranche-t-elle in petto. Un pâté en croûte conviendrait-il mieux ? Elle hésite toujours ! Pourquoi pas, à tout prendre, un chaud-froid de volailles à défaut de langoustes en belle-vue ?

 

Agacée par son indécision elle se dresse pour procéder à un nouvel inventaire des provisions réparties çà et là entre placards, et  réfrigérateurs. Alors qu'à grandes enjambées elle s'approche du congélateur où, pêle-mêle sont entreposés fruits, légumes, viandes et poissons achetés au super-marché proche du rond-point de la grand'rue l'admirable mouvement ondoyant de son derrière aux fesses pleines et charnues en ferait sans doute saliver plus d'un et mettrait, à n'en pas douter, l'improbable témoin de ses allées et venues en grand appétit.

Penchée sur les profondeurs de l' armoire frigorifique elle en explore, poitrine aux tétons érigés sous la morsure du froid et au contact d'emballages glacés, le contenu. Ses mains longues et fines dévoilent  tour à tour des barquettes de petits pois, de pommes dauphines, de champignons de Paris, des filets mignons de sanglier à la sauce piquante, des ris de veau, du petit-salé, du boudin blanc…

Du boudin blanc ? pourquoi pas songe-t-elle.  Non, finalement des bouchées à la reine lui paraissent mieux appropriées. qu'elle fera suivre d'une appétissante dinde farcie. Ces plats elle en maîtrise parfaitement la préparation et leur pleine réussite ne souffre pas l'ombre d'un doute, tant, d'ordinaire elle y met du sien. D'ailleurs ses amis le répètent à gorge déployée par monts et par vaux à ceux de leurs proches avec qui ils sont à tu et à toi  elle est un cordon bleu de « première bourre » Dans le saint des saints de sa cuisine elle mitonne, assurent-ils,  de véritables chefs-d'œuvre qui haut la main peuvent rivaliser avec les prouesses gastronomiques des plus prestigieuses toques de la capitale !

L'œil pétillant, le cœur à l'ouvrage, elle rejoint, sûre d'elle même et de son triomphe prochain, le plan de travail que domine, comme mandorle au tympan d'un sanctuaire, toute une théorie de poêles et de casseroles aux teintes sombres et cuivrées…

Alors qu'elle commence tout juste à verser à pleine-main de la farine dans une terrine le carillon de l'entrée retentit. En toute hâte elle se couvre de la blouse trop étroite de sa femme de ménage dont c'est le jour de repos hebdomadaire. La livrée improvisée moule son corps de trentenaire épanouie . D'une poigne ferme, puisque le boutonner s'avère hors de propos elle maintient serrés les pans du  vêtement qui baillent et laissent entrevoir malgré tout sa poitrine généreuse et ses cuisses qui du lys. ont la suavité.

Le fâcheux est un jeune facteur dont le visage poupin rappelle celui d'un révolutionnaire chouchou des médias qui vient lui distribuer un volumineux colis. Elle s'efface pour le laisser entrer puis prend possession , à deux mains, du paquet qu'il lui tend. Ce faisant la blouse s'ouvre largement dévoilant des reliefs dignes du ciseau de Praxitèle..

À ce spectacle inouï le préposé demeure interdit comme changé en statue de sel bien qu'à y regarder de plus prés une protubérance inhabituelle tende la toile de son pantalon.

Prenant pitié de l'émotion ostensible du malheureux elle le plaque en se collant étroitement à lui contre un homme-debout et, mettant sur la touche son quant-à-soi qui souvent lui sert de garde-fou, parvient, dans un bouche à bouche éperdu, a le sortir de son hébétude.

 « Quand il y en a pour trois (à cet instant précis elle songe à ses invités de la soirée) il y en a aussi pour quatre » lui susurre-t-elle dans le creux de l'oreille avant de lui en renouveler  la confidence sur l'oreiller à l'étage, dans sa chambre à coucher où un lit à deux places en a vu bien d'autres défiler souvent en grappes confuses.

Voilà             effectivement une réflexion de bon-sens  qui, à coup-sûr est digne de susciter l'adhésion pleine et entière des partisans inconditionnels du covoiturage !

De toute évidence le jeune postier se souviendra longtemps de cette tournée particulière qui lui a fait par hasard pousser l'huis de la demeure de la femme de lettres Catherine Millet .

//www.arlindo-correia.com/catherine_millet_2.html

Pour la rédaction de cette chronique d'art culinaire l'auteur a eu recours à divers adjuvants syntaxiques et grammaticaux qui en font tout le piment, tout le sel Vous aurez le bon goût de ne pas critiquer, fusse du bout des lèvres. sa cuisine littéraire « à l'estomac » (1) quand bien même le vôtre ne pouvant rivaliser avec celui de l'autruche peine à digérer semblable brouet !

Certains déploreront un usage pléthorique des mots composés, à apostrophe ou trait d'union, détachés ou unifiés voire agglutinés lardant la narration comme gousses d'ail le gigot, d'autres regretteront leur présence trop limitée responsable de la fadeur du texte. Toutes ces appréciations sont affaire de palais et d'accoutumance ou non aux épices. Reste que, sans faux-semblants, l'humble pisse-copie boirait du petit-lait à la lecture d' encouragements flatteurs mais décernés sans arrière- pensées

(1) qui a fait la renommée de Julien Gracq

 

Lire aussi : Les belles histoires de l'oncle Pierre.

 


18/11/2009
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Quand le tabac... s'appelait Herbe Angoumoisine

     

 

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19/10/2005
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ASTROPHILE VENERIUS

Un texte inédit du poète libertin Périgourdin

               Astrophile Vénérius

 


 

              Publiée à Paris par Eugène Conard 130 ans après le décès de son auteur, l'œuvre (1) du poète libertin périgourdin, Astrophile Vénérius, n'en n'a pas fini d'exciter l'engouement des bibliophiles et des amateurs de littérature du second rayon ! Au terme d'âpres surenchères un libraire Sarladais réputé vient d'acquérir un document exceptionnel, demeuré inconnu, du célèbre prosélyte régionaliste du priapisme. C'est une grande feuille, format in quarto ,de papier vergé qui, grand âge oblige, est maculé de rousseurs et sur laquelle court l'écriture nerveuse et fébrile de celui que la duchesse de Caumont-La Tour avait pour habitude de désigner sous le qualificatif, flatteur, sans nul doute, de « Sanglier du Périgord » !

 

              « Les fesses du portefaix » : plus de deux siècles avant l'épanouissement du mouvement « Gay » Astrophile célèbre, dans ce ravissant morceau, sans ambiguïté aucune, les charmes érotiques d'une opportune rencontre. Ce siècle était, viscéralement, révolutionnaire !

 

              Astrophile Vénérius a vu le jour, en 1770, dans une ferme cossue, chapeautée de toits à la Mansart, bâtie au couchant du château de Sauveboeuf où résidait à l'époque le baron de Cugnac  auquel on attribue la paternité du talentueux créateur des « Odes à ma marquise ».

         Après une enfance paysanne, toute calquée sur celle du bon roy Henry IV , Astrophile, soucieux d'échapper au joug paternel putatif d'un obscur régisseur, gagne la capitale. Il se lie très vite d'amitié à tout ce que Paris compte de libertins et de jouisseurs ! A dix-huit ans il est un solide gaillard, au charme ténébreux, dont le regard de velours et la silhouette découplée,  savent faire succomber marquises et blanchisseuses, comtes et voituriers. Le Périgourdin acquiert très vite, en outre,  une réputation flatteuse d'homme d'esprit à la parution de ses premiers poèmes dédiés à la Marquise de Fleury-Rabuttin qui succéda dans son cœur à « la Caumont-La Tour » comme il désigna, sans grande délicatesse, sa première maîtresse. Il sut rapidement profiter de l'inexorable travail de sape des encyclopédistes et dans tous les cafés, nouvellement apparus,  de la ville phare du royaume, se tailla un vif succès grâce à ses œuvres, souvent lapidaires, mais toujours pertinentes et incisives. « Les fesses du portefaix » écrites à la veille de la prise de la Bastille ne témoignent certes pas de ses préoccupations sociétales et politiques ; elles n'en font pas moins de lui un anticipateur sinon un  précurseur de la libéralisation des mœurs qui devait trouver son avènement 175 ans plus tard sous la présidence éclairée de Valery Giscard d'Estaing !

              Le chaos dans lequel la révolution plongera la France contraindra Astrophile, alors en pleine gloire, à l'exil en pays Batave. Loin de Paris qu'il aimait tant le poète sombrera rapidement dans la neurasthénie et cherchera un vain secours dans les paradis artificiels. Seul, bientôt dépourvu de toute ressource, il mettra fin à ses jours, en 1792, en se tranchant la gorge sur la paillasse du sordide galetas du quartier juif d'Amsterdam où il avait échoué !

 

 

 

 

  


 

(1)         Recueillies et commentées par Albert Jamain, de l'institut, les pièces qui composent les « Œuvres complètes d'Astrophile Vénérius » ont donné lieu à de multiples rééditions, chez Eugène Conard dans le courant des années vingt.  Aujourd'hui, malheureusement, le livre est devenu quasi introuvable comme le confirme le grand libraire d'ancien Bordelais. Daniel Lévy-Lebrun. La découverte du texte inédit, que nous publions ci dessous pourrait motiver une nouvelle édition qu'attendent avec impatience tous les admirateurs de ce fabuleux poète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


15/10/2005
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