Les tourbières de VendoireA propos d'un article du magazine Terre Sauvage Dans son numéro d'août le magazine Terre sauvage (qui a pour principaux annonceurs EDF-GDF, Renault… et tout ce que la planète compte de voyagistes pour naturalistes amateurs en mal de randonnées polluantes exotiques) publie, sous la plume de ses collaborateurs Julien Cinier et Marc Chanel, un reportage consacré à « La seconde vie des tourbières » de Vendoire. Sans doute, en matière de complaisance, les syndicats d'initiatives et la PQR sont-ils moins regardants ; cependant, hormis le constat, très vite évacué, d'une localisation de cette zone humide alcaline au beau milieu « de coteaux calcaires (transformés) en dunes de maïs », les auteurs évitent prudemment la conclusion induite (1). Ici les épandages récurrents d'engrais, de pesticides et d'insecticides et l'irrigation insensée asséchant chaque année davantage le marais et le cours de la Lizonne condamnent à brève échéance ce site de 32 hectares seulement, qui, dans l'esprit de son propriétaire le SMEAP (Syndicat mixte d'études et d'aménagement du pays Ribéracois) devait devenir un fleuron de l'économie touristique en Périgord blanc. Aménagé sous la houlette paradoxale de la biologiste Bernadette Darchen, passionnaria de la lutte contre le plan Natura 2000 et caution scientifique du très réactionnaire lobby CPNT, le musée des tourbières est loin d'avoir rencontré le succès escompté par ses promoteurs : à peine 2000 visiteurs en 2004 et sans doute beaucoup moins encore cette année où du sentier de découverte périphérique on ne pouvait que constater le désœuvrement de ses animateurs contraints de se rasséréner au son de la musique (sic) rap ou hip-hop ! Pour redresser une situation financière désastreuse, élus et bailleurs de fonds étaient prêts, il y a quelques mois, à noyer l'option préservation du biotope (voir article joint rédigé en sept 2004 et demeuré inédit), leur motivation première, dans les eaux des bassins d'extraction de la médiocre tourbe vendue aux angoumoisins durant l'occupation. On aurait aimé que les reporters de Terre Sauvage ne se contentent pas d'une présentation superficielle du site -un agréable et reposant jardin public en pleine campagne- mais qu'ils évoquent toute la problématique écologique et budgétaire actuelle découlant de sa gestion et dont le titre même de leur article « la seconde vie des tourbières » aurait du leur donner l'idée. Encore un « papier » pour rien ou tout au moins pour pas grand chose si ce n'est une sympathique et opportune promotion estivale. Et puis un jour, sait-on jamais, le SMEAP pourrait bien gratifier Terre Sauvage de l'achat d'une pleine page de pub ! Ch.C août 2005 (1) « Ces tourbières sont alimentées en eau par des ruisseaux qui drainent les terrains alentour. Or ces derniers jusqu'à ras des « zones protégées » sont dévolus à la culture du maïs. Prudemment personne ne s'est hasardé à analyser les résidus des produits phytosanitaires et d'engrais qu'on pourrait déceler dans l'eau des tourbières. » B.Darchen octobre 2002
QUEL AVENIR POUR LES TOURBIERES DE VENDOIRE ? A l'inverse des coteaux environnants, transformés en quasi-déserts biologiques par l'agriculture céréalière productiviste, les tourbières de Vendoire demeurent, au nord-ouest du département, le refuge d'une multitude d'espèces végétales et animales d'une grande rareté parfois. Zone humide s'étendant sur à peine plus de 65 hectares, la moitié de ce biotope exceptionnel a été acquise par le SMEAP (Syndicat mixte d'études et d'aménagements du pays Ribéracois) et en 1997 la gestion en a été confiée au Conservatoire Régional des Espaces Naturels d'Aquitaine. « L'objectif prioritaire est la préservation de 2 espèces de papillons particulièrement menacées de disparition à l'échelon européen ; l'Azuré de la sanguisorbe et le Fadet des laîches » explique Cristelle Poulaud, agent du CRENA qui s'investit beaucoup sur le site. « Pour cela il faut éviter l'assèchement de la zone, ce qui n'est pas facile car il faut mettre en adéquation les impératifs agro-économiques, la volonté de développement touristique exprimée par les collectivités locales et la nécessaire protection d'un milieu très fragile. » Pas évident, en effet, de concilier des aspirations aussi contradictoires. Déjà, il y a quelques années, avec la construction, superflue voire écologiquement néfaste, de la Maison des Tourbières, le SMEAP avait pris un bien mauvais virage. Cette coûteuse et dispendieuse structure touristico-muséographique est loin, en outre, d'avoir tenu ses promesses de rentabilité. Un vaste parking, le plus souvent désert, atteste une fréquentation médiocre et constamment à la baisse ; le lieu, pourtant, a de réels atouts et le sentier de découverte, hélas dépourvu de tout panneau explicatif, qui serpente autour des fosses d'extraction de la tourbe alcaline, permet de s'immerger dans des paysages étonnants, bruissants de chants d'oiseaux et du bourdonnement des hyménoptères butineurs, qui ne sont pas sans rappeler la mangrove. Sans doute, comme sur le plateau d'Argentine, aux portes occidentales du PNR, fallait-il se contenter de l'aménagement de ce parcours. Et ne pas succomber au volontarisme entrepreneurial ! Aujourd'hui le site, en mauvaise santé financière, cherche son second souffle : le syndicat mixte peine à le trouver, comme il l'espérait, dans la fuite en avant, c'est-à-dire en procédant à de nouveaux et importants investissements supposés répondre à l'attente des touristes et des visiteurs. A la Direction de l'établissement public, on avait évoqué, un temps, la construction de chalets en périphérie des tourbières ; il s'agissait de fixer sur place les touristes de passage… pour lesquels auraient été multipliés les équipements de loisir. La piste, aujourd'hui, serait abandonnée, en raison surtout de problèmes d'assainissement non maîtrisables.
La communauté de communes de Verteillac à laquelle doit prochainement échoir la responsabilité de l'animation du site devrait, en concertation avec le propriétaire, poursuivre la réflexion dans les mois à venir. Il est certain que l'accouchement, s'il doit avoir lieu, ne se fera pas sans douleur car du coté du CRENA, gardien du temple, on ne voit sûrement pas d'un bon œil l'intrusion dans ce débat des arguments touristiques et étroitement comptables. Même si, de façon pragmatique et fort diplomatique, le conservatoire s'apprête à faire bien des concessions comme le laisse entendre Christelle Poulaud : « Il n'est pas possible de faire de la gestion de milieu naturel pure et dure dans notre coin, de mettre Vendoire sous cloche : ça ne passerait pas ! Notre travail consiste à communiquer des informations et à éclairer les collectivités locales propriétaires. » Quel que soit le choix définitif retenu, il faut espérer qu'en aucune façon il ne porte atteinte au milieu sinon, paradoxalement, la volonté initiale de préservation des tourbières risque fort de se retourner contre elles et de les mettre, à moyen terme, en péril. Ch.C.
Article ajouté le 2005-08-27 , consulté 414 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " ENVIRONNEMENT - ECOLOGIE "Retour aux articles |
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