La maison de la DronneUNE COQUILLE VIDE AU FIL DE L'EAU Inaugurée dans l'euphorie au printemps 2003, encensée par la presse locale, avec un unanimisme complaisant, la Maison de la Dronne se veut la vitrine de la rivière périgourdine, des petits pays qu'elle traverse et de l'activité économique qu'elle génère ; Force est de constater, 18 mois après son ouverture au public, que la structure s'acquitte de sa mission avec un succès tout relatif ; mais faux-départ ne rime pas définitivement avec enterrement. C'est l'histoire d'un…moulin ancré sur la Dronne tout juste entre Montagrier et Tocane ; d'un moulin baptisé Moulin du Pont qui appartint jadis aux moines augustins de Chancelade et dont la roue animait déjà au XIIème siècle des meules monolithes chargées de transformer le blé en bonne farine. Ce ne fut pas là sa seule activité puisque, plus tard, il devint scierie puis prolongea son existence laborieuse en produisant, de 1907 à 1946, l'électricité destinée aux fours à chaux et aux villages environnants (Montagrier et Tocane furent parmi les toutes premières localités du département à bénéficier de l'électrification). Délaissé en 1960, ses chaussées menaçant ruine il avait piètre allure lorsque le SMEAP, mandaté par 41 communes des cantons de Verteillac, Ribérac et Montagrier, en fit, pour 450 000 francs, l'acquisition, dans le but, comme l'affirme René Corsino, le président du syndicat « de le sauver et le mettre en valeur dans la forme qui était la sienne entre le XIXème et le milieu du siècle dernier ». Le coût de cette opération de réhabilitation s'est élevé à près de 7 millions de francs ; Extérieurement la restauration du bâtiment ne mérite que des éloges et l'aménagement paysager de ses abords est plutôt réussi. Escaliers et passerelles agréablement implantés donnent accès à l'édifice ainsi qu'à la prairie qui s'étend au sud, les berges de rivière accueillent quant à elles un « parcours d'interprétation » servant de fil conducteur à la balade, studieusement naturaliste ou bucoliquement hédoniste…
Intérieurement, en revanche, rien ne vient rappeler l'usage initial de la construction dont l'exiguïté s'accorde mal avec sa nouvelle fonction muséographique. On pourrait se croire dans le local de n'importe quel… syndicat d'initiatives ou office de tourisme d'autant que dépliants, brochures, livres et affiches promotionnelles constituent l'essentiel de la décoration du rez- de- chaussée. Aux murs, toutefois, quelques panneaux explicatifs retracent, tant bien que mal, l'histoire de la production hydro-électrique du moulin : divers objets aussi palpitants et évocateurs qu'une antique dynamo s'exposent sur podiums ou ont trouvé refuge sous vitrines. A l'étage, curieusement inaccessible aux handicapés alors qu'un parking a été créé à leur intention au plus près du moulin, 4 maquettes bien conçues expliquent -non loin d'un moniteur vidéo qui se morfond en attendant la réalisation d'un court métrage, traitant des moulins de la Dronne, sur lequel il pourrait être, un jour, visionné- l'utilisation diversifiée de l'énergie hydraulique qui permit longtemps la production de farine, d'huile, de pâte à papier, fit fonctionner des scies ou souleva les lourds marteaux des forges. L'animation vedette de la Maison de la Dronne, étrangement privée du moindre élément mobilier pouvant matériellement et concrètement justifier son appellation complémentaire de maison du patrimoine rural, est une vidéo dite interactive, sans doute parce que le visiteur peut sélectionner l'un ou l'autre des 12 « thèmes de promenade » proposés (descente du cours d'eau en canoés, découverte de l'architecture religieuse et castrale ou du milieu naturel…). En matière de contre-publicité on peut difficilement faire mieux ; ces courts métrages d'une médiocrité rare concentrent tous les défauts que peut commettre le vidéaste amateur débutant… venant tout juste d'acheter sa boîte à images ! mise au point aléatoire, panoramiques affligés de tremblements parkinsoniens, zooms avant et arrière hachés et tressautants, plans-séquences d'une longueur invraisemblable, commentaires rarement en phase avec le déroulement du sujet… On espère pour le SMEAP qu'il n'a pas été amené à casser sa tire-lire pour financer une telle œuvre ! Quant à la maquette du bassin de la Dronne, où ne figurent pas, au grand dam des élus concernés, toutes les localités qui ont du financer la structure, elle est plutôt moins attractive qu'une simple carte en relief thermo-formée et si elle a coûté sans doute beaucoup plus cher, sa solidité est malgré tout sujette à caution puisqu'elle présente, à peine livrée, toute une série de fissures… qui rapportées à l'échelle du document pourraient conduire à la conclusion que le Ribéracois est une zone de très haute sismicité. Une panne à laquelle personne ne songe, apparemment à remédier, ne permet plus de visualiser, sur la maquette, la position des lieux évoqués dans le commentaire des vidéos. Le pointeur lumineux est hors-service, son pilote a rendu l'âme ! Que le SMEAP n'en conçoive pas trop de honte : le musée Desmoulin à Brantôme est dans une situation comparable : il ne peut plus, depuis années, proposer les projections holographiques qu'il annonce toujours sur ses dépliants. La technique vous joue de ces tours parfois. Mais foin de ces déboires : la maison de la Dronne ne se limite pas à cet exsangue musée ethnographique. Elle a d'autres ambitions et ne répugnerait pas à s'affirmer comme un pole de formation halieutique. La hisser à ce niveau, c'est la mission de confiance dont a été chargé Fabrice Clugnac. Ce jeune guide accompagnateur de pêche récemment recruté, devra initier à sa discipline des publics nombreux et variés ( enfin c'est que l'on espère du côté du SMEAP et plus encore à la communauté de communes de Tocane-Saint-Apre qui doit prendre le relais de la gestion du site dès le début 2005 ) avec l'espoir, qu'un jour , une école internationale (excusez du peu !) puisse se développer aux abords du chef-lieu de canton où, avec le soutien du comité départemental de tourisme, doit être prochainement édifié, sur les terrains du camping de la localité, un village de pêcheurs constitué de plusieurs chalets en rondins. Reste à espérer que le projet suscite un véritable engouement… et qu'il réponde à un réel besoin, mais, quoi qu'il en soit, la restructuration de la cellule exposition-animation du moulin s'impose prioritairement sous peine de voir ce nouvel outil touristique peu à peu déserté, comme semble le faire redouter le bilan de la saison 2004. Et ce n'est pas jouer les oiseaux de mauvais augure que d'affirmer que la communauté de communes de Tocane devra, longtemps encore, mettre la main au porte-monnaie pour assurer le développement de la maison de la Dronne ! Ch.C. MAISON DE LA DRONNE : MODE D'EMPLOI Tous les jours, Du 15 avril au 15 septembre, La Maison de la Dronne est accessible, au public de 9h à 12 h et de 14 h à 17 h. Hors saison le site reste ouvert, du mardi au samedi inclus avec des horaires identiques, de Mars à mi-Avril et de mi-septembre à fin octobre. La découverte du parcours d'interprétation de la rivière et du rez-de chaussée de l'espace muséographique est libre et gratuite ; en revanche il faut débourser 3€ par personne ( 2€ pour les mineurs à partir de 12 ans ) pour aller s'extasier à L'étage devant les 4 maquettes illustrant les différentes activités déployées par les moulins de Dronne. Heureusement cette visite guidée bénéficie des commentaires pertinents et toujours passionnants de Joëlla Persinet qui est, sur place, en charge de l'animation. Jumelée avec la maison des tourbières de Vendoire, la maison de la Dronne propose également , avec des prestations similaires, une tarification réduite ( 5€ et 3€ ) pour la visite de ces 2 sites du pays Ribéracois. Maison de la Dronne 24350 Montagrier tel : 05 53 90 01 33 fax : 05 53 90 02 12. Article ajouté le 2005-08-29 , consulté 243 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " PATRIMOINE "Retour aux articles |
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