Paul Lunaud entre mystère et évidence Paul Lunaud entre mystère et évidence
Les trompettes de la renommée sont fort mal embouchées ; parmi tous les peintres dont s'honore le Périgord il en est un, Paul Lunaud, que la gloire a, étrangement, dédaigné. On s'explique mal que de son vivant tout comme plus d'un demi-siècle après sa disparition, son œuvre ne se soit pas imposée ! Ce manque de reconnaissance, en dépit des efforts déployés par ses trop peu nombreux admirateurs, est un véritable mystère ! Ses toiles, dont l'expression artistique ne cesse de s'améliorer au fil du temps, rivalisent pourtant avec celles des plus grands, par leur qualité et la vision intimiste, sereine et heureuse, de la réalité ordinaire qu'elles traduisent. Celles de Marquet bien sûr auxquelles une même approche synthétique et une identique délicatesse des coloris font évidemment penser mais aussi celles des Utrillo, Matisse, Gauguin, Van Gogh…plus, pour ces derniers, par leurs sources d'inspiration que par une imitation servile de leur touche personnelle. Sans doute Paul Lunaud n'était il qu'un autodidacte et sans doute également, aux yeux de beaucoup qu'un amateur pratiquant un « passe-temps » … défauts majeurs reprochés, quels que soient l'intérêt et la portée de leurs créations, à tous les hors statut. Mais, surtout, l'homme était affligé de qualités rédhibitoires . Jean Secret qui eu pour l'artiste un regard objectivement critique et une réelle affection dépeint un être « conciliant, affable, toujours prêt à rendre service, extrêmement humain et (qui) avait un cœur d'or. » Difficile avec de tels handicaps de s'imposer ! « il était l'homme du bon sourire et de la franche main qu'on avait joie à serrer » confirme à son tour Edme Goyard. Et sa peinture lui ressemblait ! Paul Lunaud naît le 22 décembre 1900 à Brantôme dans une famille de meuniers qui possède et exploite le moulin de Grenier dont les bâtiments s'élèvent, en rive droite de la Dronne, aux limites des communes de Valeuil et de Saint Julien de Bourdeilles. Son goût inné pour le dessin et la peinture s'exprime dès son plus jeune âge . Les maladresses et les hésitations du début sont vite surmontées ; les conseils éclairés que lui prodigue le talentueux peintre Brantômais Robert Dessales-Quentin, son aîné de 15 ans, lui permettent de faire l'économie de longs tâtonnements et d'échapper aux phases de découragement. Tous les sujets lui sont bons ; de la nature morte au nu en passant par le paysage et, bien entendu, il n'a pas manqué d'être séduit par le décor harmonieux de la « Venise du Périgord ». S'exprimant, tour à tour par le dessin rehaussé, la tempéra, le lavis, l'aquarelle, la gouache, et l'huile il progresse rapidement au point que son mentor décèlera bien vite ses dons réels et son originalité propre. « L'élève a dépassé le maître » se plaisait-il a répéter quelques années après leur première rencontre. Cette hâte, ce souci de brûler les étapes apparaissent, à posteriori, comme une réponse à la brièveté de son existence.
Son cheminement artistique guidé par une passion impérieuse ne l'exclut pas de la vie de la cité , lui qui à son tour est devenu meunier. Gendre d'un ancien maire de la localité, M.Dumazet, il fonde dans sa ville natale, en 1932, la « Société des amis de Brantôme », le syndicat d'initiative ainsi que le premier corps de sapeurs pompiers à la présidence duquel il est élu, mais il résiste à la pression de ses amis qui voudraient le porter à la tête de la municipalité. Les honneurs ne l'intéressent pas. Récompensé et distingué à plusieurs reprises et notamment au Salon des Indépendants de 1939, pour deux tableaux « Nu » et « Sur la plage » il boudait cependant les expositions auxquelles il était de plus en plus convié au fur et à mesure que la richesse et la profondeur de son expression artistique s'affirmaient. En 1949, après de longs mois de souffrance au cours desquels il perd progressivement la vue, il s'éteint terrassé par la maladie plongeant ses proches et ses admirateurs dans une sincère affliction ; il y a onze ans, la société des amis de Brantôme a proposé à la faveur de l'exposition « Les peintres Périgourdins et la nature » une petite rétrospective de l'œuvre de Paul Lunaud . La plupart des toiles et aquarelles présentées au public sous les plafonds des bâtiments conventuels provenaient de la collection de Mme Montillet , sa fille, qui, avec ses enfants, s'efforce, au fil du temps de regrouper les œuvres de son père. « Mon regret – dit elle - c'est de ne pas lui avoir dit suffisamment combien je l'aimais et combien j'aimais aussi ce qu'il peignait » Ch-C Article ajouté le 2005-09-16 , consulté 324 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " PATRIMOINE "Retour aux articles |
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