Argentine, dimanche 26 avril 2009
Tous ceux qui parcourent régulièrement le plateau d'Argentine connaissent le triste sort de cet espace remarquable auxquels les classements ZNIEFF (Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ...) et Natura 2000 n'assurent pas, en dépit de leurs objectifs affirmés, la moindre protection.
Nous avons, à maintes reprises, dénoncé les dommages occasionnés au site par toute une foule de résidents et d'usagers qui violentent ses paysages et transforment peu à peu ses pelouses calcicoles (sur lesquelles les caping-caristes jettent fréquemment leur dévolu), ses chênaies, ses talwegs irrigués par de nombreuses sources en un dépotoir et à terme en un désert biologique.
Ceux qui souhaitent en savoir plus sur ces déprédations récurrentes peuvent utilement consulter nos (trop nombreux, hélas !) articles concernant cet état de fait, publiés sous la rubrique ARGENTINE.
Hier, dimanche 26 avril, l'après-midi étant relativement clément sinon ensoleillé, des dizaines, peut-être même des centaines, de visiteurs ont arpenté les 200 hectares balisés de la dalle karstique laissant derrière eux des traces tangibles de leur invasion.
Bien évidemment sur l'itinéraire caillouteux tracé au faîte du plateau on pouvait croiser quads et « motos vertes » slalomant entre randonneurs et vttistes. Pire même la piste défoncée pousse dorénavant les conducteurs, soucieux d'épargner les amortisseurs de leurs engins comme leur carrosserie rutilante menacés par les ornières et les projections d'eaux boueuses stagnant au plus profonds d'effroyables nids de poule jamais comblés, à circuler de préférence sur le causse amputé de la sorte chaque année de milliers de mètres carrés.
On pouvait assister ce jour là à l'étrange ballet de 4x4 flambant neufs évoluant sur les prairies xérophiles pour éviter la confrontation avec les fondrières !
En poussant une pointe vers les serres (1), aussi visibles qu'une verrue le serait sur le visage d'Adjani, que des écologues de Bordeaux I ont implanté à trois pas des petites stations de Tulipa sylvestris, fleur rare et protégée, on constatait, sans avoir à chausser ses lunettes, que le piétinement des touristes attirés par ces installations incongrues, les avait mises à mal !
Plus loin d'autres stations d'orchis mascula et d'Aceras anthropophorum avaient subi un sort identique.
Moins fréquentée car omise sur les dépliants publicitaires une autre piste longe de superbes stations d'ophrys aranifera et d'ophrys funerea : elles ne sont pas encore, Dieu merci, affectées par les déplacements des randonneurs évoluant en troupes jacassantes !
Celles qui ont foulé çà et là, sur d'autres talus, des Listera ovata ont au moins épargné leurs voisines dissimulées sous les frais ombrages d'un bosquet protégé par ces ronces dont on ne vantera jamais assez l'utilité !
Au sortir de ces taillis rencontre inopinée avec l'ami Daniel Couturier, l'écologiste de Fontaine, allongé à même le sol dans la posture familière du macro-photographe. Il me raconte la rencontre faite, il y a peu, avec un couple benoîtement occupé à prélever, à pleines brassées, des Orchis purpurea. Le premier magistrat de la commune à qui il a rapporté le délit ne s'en est pas, paraît-il, ému ! « Des orchidées il y en a partout ! »
Dans quelques jours, ignorant superbement les invitations formulées par les orchidophiles (et respectées dans bien des cantons n'adhérant pas au PNR PL) les employés municipaux de La Rochebeaucourt & Argentine risque, comme tous les ans, de procéder à un fauchage précoce des talus herbeux obérant ainsi la survie de ces fleurs… dont 26 espèces présentes sur le plateau et a sa périphérie ont assuré la notoriété
Ch.C le 27/4/2009 15h30
(1) Lire à ce sujet : Dernières nouvelles d'Argentine

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