PERIGUEUX-BERGERAC
PERIGUEUX-BERGERAC
Une querelle de 500 ans
Le 15 janvier 1790 l’assemblée constituante décrète la division de la France en 83 départements.40 jours plus tard les députés de l’ancienne province du Périgord ont défini, sans remettre vraiment en cause le découpage géographique et administratif antérieur, les limites de la nouvelle entité territoriale qui prend le nom de Dordogne. Les représentants du peuple créent à cette occasion 9 districts ; 3 d’entre eux, les plus importants, Périgueux, Bergerac et Sarlat, vont se disputer l’attribution du titre de chef-lieu. Dans cette âpre compétition Périgueux l’emporte au grand déplaisir de son plus sérieux challenger Bergerac ravalé au rang de sous-préfecture !
Cette décision, laissera d’amers souvenirs sur les rives de la Dordogne ou l’on rêvait d’un avenir plus radieux ; elle n’était cependant qu’un épisode de plus dans une longue suite de conflits larvés et souvent armés ayant opposé, tout au long des siècles précédents, les deux cités et à la faveur desquels Bergerac avait progressivement pris le pas sur la capitale du Périgord.
Dés le début du XIVeme siècle Bergerac, l’opportuniste, la viticole, la marchande avait su tirer parti, alors que Périgueux louvoyait toujours entre Edouard III et Charles V, de la domination anglaise. Cette tutelle acceptée lui ouvrait les portes des marchés d’outre manche. En 1308-1309 prés de 11 000 tonneaux de vin issus des plantations de la vallée furent chargés dans son port pour être livrés, sur les quais de Bristol, aux négociants britanniques. Le fleuve Dordogne c’est l’autoroute de l’époque et le trafic s’y fait plus important d’année en année.
Périgueux, qui a fait pour finir le mauvais choix ; celui de la couronne de France, pâtie en outre de ce que l’on n’appelait pas encore enclavement. Tout comme aujourd’hui la cité est alors plongée dans l’apathie économique et l’asthénie intellectuelle. Elle assiste, impuissante, à l’essor de sa rivale méridionale.
Un siècle après la fin de la guerre de cent ans le scénario se répète : mais cette fois ci la bête noire des Périgourdins, restés fidèles a la foi catholique, sera, les Anglais ayant décampé, le parpaillot, le huguenot qui a fait souche dans la bonne ville de Bergerac. Les Calvinistes en ont fait leur place forte et Henry de Navarre saura la faire bénéficier de ses largesses comme l’avaient fait autrefois les Plantagenêt . Une fois de plus Périgueux a misé sur le mauvais cheval. Les atrocités commises par les uns et les autres, celles des Coligny et des Montluc qui massacrent à tout va des populations civiles plus enclines à redouter les tourments de ce monde que ceux de l’enfer n’entravent pas cependant l’activité des commerçants Bergeracois ; mieux l’émigration en pays batave de nombreux protestants issus de la bourgeoisie viticole locale favorise l’expansion du négoce de leur vin dans toute l’Europe du nord.
Le rayonnement de la ville perdure jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. Mais aux avant-veilles de la révolution le Périgord, qu’il soit du nord ou du sud, s’appauvrit et entre en déclin. Le marasme sera durable au point qu’en 1806 Maine de Biran devenu sous préfet de Bergerac peut encore faire ce constat désolé « Tout est dit sur le commerce de cet arrondissement lorsqu’on rappelle une vérité triste et trop connue, c’est que nous sommes obligés d’aller chercher dehors tout ce dont nous ne pouvons nous passer (jusqu’au blé nécessaire pour nous nourrir …) sans que nous puissions rien fournir en échange puisqu’il est vrai que le seul produit exportable de notre sol (le vin) est tombé dans un discrédit complet. »
50 ans plus tard Périgueux enfin se désenclave ; l’ouverture, en 1857 puis 1861,des lignes de chemin de fer reliant la préfecture à Bordeaux et Limoges stimule l’activité économique. Ces liaisons ferroviaires ajoutées à une réelle amélioration du réseau routier retentissent directement et rapidement sur la démographie du chef-lieu du département.
Périgueux qui ne comptait guère que 12 000 habitants en 1846 – à peine plus que Bergerac à la même époque - voit sa population doubler en 30 ans tandis que celle de la sous préfecture ne s’accroît que de 3000 personnes.
En dépit du lancement de nouveaux ponts sur la Dordogne, du percement du canal latéral mauzac-Tuillières et de la construction du barrage de Salvette la concurrence du rail porte un coup fatal à la batellerie. La ville et sa région qui ont fait l’impasse sur les moyens modernes de communication entrent en léthargie !
Le réveil se fait aux lendemains du déclenchement de la première guerre mondiale avec l’implantation de la société nationale des poudres et explosifs. L’entreprise, dés 1918, emploie 25 000 salariés. C’est la relance par le canon ; le marché est porteur d’ailleurs bientôt, un nouveau conflit mondial se profile à l’horizon ! Las les meilleures guerres, fussent- elles froides, ont toujours une fin. Les belles « Trente glorieuses » elles aussi s’en sont allées laissant dans les mémoires le touchant souvenir d’une prospérité nourrie par le secteur agro-alimentaire !
Des infrastructures autoroutières qui se défilent du côté de l’Isle et de Périgueux, un ministre de la santé qui veut la peau des producteurs de tabac et rêve peut être de s’en prendre aussi aux viticulteurs deux corporations alimentant le marché de la drogue, Bergerac, en ce début de millénaire, a de quoi avoir le blues. Le grand Périgueux, avec ses 68 000 habitants, et sa nouvelle A.89 lui aurait- il définitivement damé le pion ?
Pas si sûr car une voie rapide favorise parfois la fuite des cerveaux, des capitaux, des entrepreneurs…et de leurs personnels. Une perspective inattendue qui devrait mettre du baume au cœur des Bergeracois !
Ch.C.

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