Bâtiments de France... et de Dordogne

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

En délicatesse avec l'architecte des Bâtiments de France qui lui reproche d'avoir apposé sur la façade de sa maison du bourg de Badefols d'Ans un enduit jugé trop rose, voire rougeâtre, un couple de retraités de cette localité proche de la Corrèze vient d'être traduit devant le tribunal correctionnel de Périgueux. Selon l'administration cette couleur ferait tache dans l'environnement et l'initiative des propriétaires s'apparenterait plus à un délit qu'à une contravention mineure justiciable du simple tribunal de police!

Heureusement pour les coupables leur penchant pour une teinte non autorisée n'a pas été qualifié de criminel. Ils auraient pu, sinon, comparaître devant la cour d'assises.

Le jugement a été mis en délibéré au 19 mars prochain mais la sanction encourue par ces dangereux délinquants ne devrait pas dépasser une «  mise en conformité des lieux » ce qui ne va pas sans poser problème car la façade de la maison en question a toujours arboré une couleur rouge. Mieux, selon les témoignages des habitants, « En 1947, les maisons du village étaient comme ça »

Chacun en Périgord a eu un jour ou l'autre maille à partir avec les Bâtiments de France dont les chefs de service successifs manifestent des engouements fluctuants et souvent divergents pour des coloris ou pour des modifications architecturales alternativement admises ou récusées.

Alors que vers la fin des années 90 nous faisons restaurer à grands frais les toitures de notre librairie et maison mitoyenne de la Place de La Grave à Bourdeilles l'emploi exclusif de tuiles anciennes nous fut imposé. Quelques mois plus tard et en vue du donjon gothique sortait de terre l'indigent « Club House »  du terrain de sport communal, baraque moderne typiquement banlieusarde revêtue de tuiles mécaniques tout juste sorties des fours…

Aujourd'hui, en empruntant la grand-rue du village le promeneur peut contempler, à la hauteur de l'hôtel des Griffons, l'étrange façade  d'un immeuble dont le premier étage et le grenier ont été supprimés ainsi que le toit pour créer une terrasse accessible à partir d'une construction voisine. À coup sûr les Bâtiments de France ont donné leur aval à une remise en cause radicale de l'aspect initial de l'édifice. De quels arguments convaincants le propriétaire a-t-il bien pu faire usage pour obtenir une telle autorisation de démolition ?

Des exemples comparables abondent dans toutes les villes de Dordogne et d'ailleurs : ils reflètent l'étonnante souplesse de l'administration qui, au profit de certains, sait souvent fermer les yeux sur des entorses sévères au règlement !

Ch.C le 28/2



Article ajouté le 2008-03-15 , consulté 145 fois

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