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Jovelle : un sanctuaire miraculeusement conservé

Voir sur ce même blog,  notre texte trés illustré titré Jovelle : La machine à remonter le temps  (cliquez sur le lien en bleu) qui présente 25 ans de découvertes archéologiques sur ce site du Périgord Blanc.

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Les cavernes ornées  du bassin de la Dronne

Réservez dès à présent votre exemplaire auprès de l'auteur argentine24@club-internet.fr Adressez votre chèque -15€ port inclus- à l'ordre de Christian Carcauzon, Argentine 24340 La Rochebeaucourt

Un document unique - texte et CD - présentant les sept sanctuaires paléolithiques mis au jour en Périgord vert et surtout les quatre grottes classées Monuments historiques de Jovelle, Fronsac , La Croix et La Font Bargeix découvertes par l'auteur. Une documentation précieuse accompagnée, pour la première fois, de toutes les photographies inédites de ces derniers sites inaccessibles au public

LA  GROTTE DE JOVELLE : UN DECOR CONSERVE PAR MIRACLE

 

 Le 16 novembre 1983, il y a tout juste 20 ans, un nouveau nom venait s 'ajouter à la liste des cavités paléolithiques ornées alors mises au jour dans le bassin de la Dronne (1) ; celui de la grotte de Jovelle petite cavité de 40 mètres située sur le territoire de la commune de La Tour Blanche en Périgord Blanc.

Que cette grotte soit parvenue jusqu'à nous tient du miracle ! Elle s'ouvre dans un affleurement de calcaire Angoumien, matériau très utilisé en construction jusqu'aux années 40.

A Jovelle, comme un peut partout ailleurs dans les vallées de la Sandonnie, de la Belle ou de la Nizonne des entrepreneurs ont ouvert vers la fin du XIXème siècle de très nombreuses carrières souterraines. Heureusement, ici, la caverne ne semble pas avoir trop souffert des travaux d'extraction et c'est une véritable aubaine pour l'archéologie puisque ses parois conservent un exceptionnel décor vigoureusement gravé au burin de silex.

Dans l'état actuel des recherches une vingtaine de figurations a été répertoriée mais ce nombre pourrait s'accroître à la faveur de fouilles à venir qui dégageront les parties basses des parois masquées par le remplissage sédimentaire. Ces figurations sont visibles dès l'entrée, certaines même sont situées à l'extérieur du porche qui par le jeu combiné de l'érosion naturelle et des prélèvements du calcaire a régressé d'une bonne dizaine de mètres depuis la dernière glaciation. C'est dire que le site fait partie des rares sanctuaires éclairés par la lumière du jour. Une constatation qui n'est pas sans intérêt car de façon générale les gravures ou bas-reliefs localisés dans les zones vestibulaires relèvent d'une phase ancienne de l'art pariétal préhistorique.

 

Parmi la faune figurée de la grotte de Jovelle les mammouths sont numériquement dominants ; six représentations en ont été gravées ; 4 en paroi nord, 2 en paroi sud. 6 images de proboscidiens d'une taille variant de 15 centimètres à presque 2mètres qui sont caractérisées par un tracé en profil absolu.

Le ventre des animaux est traité en arceau régulier et leurs membres antérieurs et postérieurs sont exagérément allongés. Le corps ne présente aucune indication de pelage et les défenses sont absentes.

Bien que d'une originalité spécifique ces figurations rappellent cependant d'autres gravures de mammouths ; celles de la grotte de La Grèze (Marquay dordogne) de la grotte  de la Cavaille (Couze-et-Saint-Front Dordogne) de la grotte de Pair non Pair ( Prignac- et- Marcamps Gironde)

Ou des grottes Chabot et de la Baume-Latrone toutes deux dans le Gard.

Toujours en profil absolu un cheval, légèrement basculé vers le sol et orienté vers le fond de la caverne est visible en paroi nord très légèrement en avant du porche. Il s'impose d'emblée comme une œuvre importante au plan esthétique. Bien que le dessin d'une petite partie de la tête – du maxillaire inférieur au chanfrein- ait été estompé par la chute d'une écaille rocheuse et en dépit d'une importante couverture algale les contours  de l'équidé demeurent nets. Deux bovinés, dont un probable bison le précédent. En avant de ces 2 gravures et orienté de la même façon la tête d'un magnifique bouquetin avec naseau, œil rond, encornure et oreilles  s'inscrit dans un cadre de 25 cm sur 50 cm.

        

 Un des mammouths de la grotte de Jovelle (MHC) découverte par   Christian Carcauzon. Photo Ch.C Reproduction interdite.

Toute la partie antérieure de la paroi sud, ou paroi gauche, a été emportée par le front de taille de la carrière, mais, sur pratiquement 10 mètres, en se dirigeant vers le fond de la cavité,  elle présente encore de multiples gravures qui initialement devaient être éclairées par des puits de lumière, petits avens ouverts à la voûte de la galerie qu'obturent aujourd'hui des pierres. Beaucoup sont d'une lecture difficile mais on peut cependant identifier sans trop de peine au moins 2 mammouths et supposer que tout un ensemble de traits curvilignes s'entrecroisant appartiennent également à d'autres proboscidiens. Le plus petit mammouth de la grotte – 15 cm sur 15 cm- tracé au ras du sol actuel fait face à une autre gravure de taille presque aussi réduite – 25 cm sur 19 cm- représentant un animal qui paraît bien être un rhinocéros.

Mammouths, chevaux, caprinés, bovinés … Cette association classique d'espèces différentes dans l'art rupestre du paléolithique supérieur n'étonne en rien à Jovelle. Moins banale, en revanche, est la découverte d'anneaux cassés, de cupulettes alignées et de signes surchargeant le dessin de plusieurs animaux.

Mais pour pouvoir analyser  sérieusement le sanctuaire les spécialistes devront attendre l'achèvement de fouilles dont la programmation n'est pas encore à l'ordre du jour.  En effet l'existence de nombreuses figurations aujourd'hui masquées par le sol archéologique est attestée en divers endroits par la présence de tracés sinueux anthropiques émergeant à peine du remplissage. Même si les artistes – Gravettiens plus sans doute que Solutréens- ont exécuté  ce décor accroupis, voire allongés sur le sol originel on peut sans réserve estimer que celui-ci s'est exhaussé d'au moins  un mètre en 25 millénaires.

Collecté en surface, un très riche mobilier archéologique atteste une fréquentation continue du site de la fin du Moustérien à l'époque médiévale. Les préhistoriens espèrent préciser la datation des gravures, pour l'heure induite de comparaisons essentiellement stylistiques, grâce aux sédiments qui oblitèrent, en tout ou partie, certaines d'entre elles. Ils feront, pour cela, intervenir géologues, palynologues, paléontologistes, spécialistes des industries lithiques, osseuses et céramiques…On parle également, à partir des blocs, parfois ornés reposant sur le talus extérieur de la grotte, de reconstituer, autant qu'il sera possible, l'entrée de la caverne.

     Avec l'achat du sanctuaire par le département et les indispensables mesures de protection qui suivront à très courts termes on peut penser que la grotte de Jovelle est désormais sauvée elle qui a bien failli disparaître à jamais… car le massif calcaire qui l'abrite était à nouveau convoité, au tout début des années 80, par des carriers locaux.

 

  Christian-Alain Carcauzon

 

 (1)   Le Fourneau du Diable, prés de Bourdeilles, en 1924. La grotte des Bernous, toujours dans la même commune, en 1927. La grotte de Villars en 1958. En 1984 puis 1986 et 1987 l'auteur de ces lignes devait en outre révéler l'existence des sanctuaires magdaléniens de Fronsac ( Vieux-Mareuil), La  Font-Bargeix (Champeaux et La Chapelle Pommier) et La Croix à Condat sur Trincou.

 

 

 

Pour en savoir plus

 

Ch.Carcauzon «  Découvertes souterraines en Périgord »  Editions Le Roc de Bourzac 1991

 

B et G Delluc avec la collaboration de Ch Carcauzon « La grotte de Jovelle » in «  L'art pariétal archaique en Aquitaine » par B et G Delluc  éditions du CNRS 1992

 


Article ajouté le 2005-09-10



10/09/2005 1 Poster un commentaire

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