argentine

La spiranthe d'automne

Les scabieuses et les campanules ponctuent de leurs fleurs bleues, mauves et violines les arides pelouses xérophiles du plateau et les azurés, les fluorés et les paons du jour papillonnent encore pourchassant inlassablement une compagne qui mime la fuite. … On pourrait toujours, le souffle chaud de la brise aidant, se croire en plein été. Pourtant les colchiques ont déjà pointé le bout de leur nez dans la vallée et sur l'échine calcaire qui domine les paresseux méandres de la Lizonne, la spiranthe d'automne a fait, depuis peu, son apparition. 

Cette orchidée, la plus tardive des espèces locales, signe la fin de la belle saison. Si elle était haute comme trois pommes, on la remarquerait, elle qui se signale par sa tige tirebouchonnée sur laquelle se greffent ses délicates inflorescences, dont le labelle teinté de jaune se distingue des autres pétales d'un blanc subtilement mêlé de vert très pâle comme celui des jeunes clochettes du muguet.

Sa taille qui varie de 5 à 15 centimètres la rend cependant discrète et lui assure une protection propre à triompher des recherches de bien des botanistes amateurs pressés. Sur quelques arpents de cailloux grisâtres disputés aux herbes rases, aux mousses et aux lichens, elle et ses semblables se sont malgré tout donné rendez-vous par centaines en quelques jours. Menues, fragiles mais obstinées … déterminées à annoncer les derniers embrasements de septembre comme la primevère sait se faire le héraut d'avril.

En Asie le blanc, c'est la couleur du deuil et la spiranthe qui l'a adoptée évoque aussi l'approche du long engourdissement de la nature. La marée des froidures sèches ou humides, va bientôt submerger le causse et les quelques jours d'éternité dont jouissent ces modestes orchidées leur servent à donner le change et à nous préparer au pire, c'est-à-dire à la disparition de leur timide sourire. Après elles, dans leur famille, il n'y aura plus, jusqu'au printemps, de relève ! Ça fait quand même six mois cette affaire !

            Il est terriblement long à venir le temps des fleurs quand on guette impatiemment leur venue, il est terriblement bref quand on s'alarme de leur disparition prochaine



05/09/2011
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