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FABULETTES


L’Effet papillon

L'Effet papillon

 

Depuis 5 à 6 ans qu'il fréquentait la station service du super marché Pierre n'aurait su se remémorer la physionomie de chacune des employées qui s'étaient succédées dans « l'aquarium », comme il désignait la cabine vitrée devant laquelle il devait marquer une pause le temps d'acquitter le montant de son plein !

Toutes, pour lui, demeuraient parfaitement anonymes, réduites qu'elles étaient à leur seule fonction de caissières claquemurées dans un « bocal » hermétique, d'où lui parvenait, singulièrement déformée par l'hygiaphone, leur voix assourdie annonçant, de manière faussement interrogative, le prix affiché par le compteur du distributeur automatique de carburant.

Avait-il seulement levé les yeux vers elles ? Il n'en gardait aucun souvenir. À peine était-il  sûr d'avoir répondu, d'un ton monocorde, à leur bonjour débité à la chaîne. C'était pourtant un être sociable et d'esprit convivial, plus soucieux du respect d'autrui, que la majorité de ses contemporains. Comme pour  beaucoup d'entre eux, cependant, les soucis de tous ordres et le caractère lancinant des rituels sociaux avaient peu à peu eu raison de sa spontanéité… et de la fantaisie de sa jeunesse !

Ce jour là, une veille de week-end, emplettes effectuées dans les rayons de la grande surface, il était venu remplir le réservoir de sa voiture en prévision d'un long déplacement. Parvenu devant le « bocal » il explora longuement les trop nombreuses poches de son gilet de grosse toile, à la recherche d'un chéquier. .L'ayant enfin trouvé il céda à l'énervement et fébrilement arracha un formulaire pour le glisser sans un mot dans la trappe de la caisse. Une main aux ongles sobrement rehaussés d'un discret vernis pastel s'en saisit délicatement . Elle lui parut extraordinairement gracieuse. Son regard se porta sur une jeune femme qui , de l'autre côté de la vitre, l'observait. Il lui sembla soudain qu'il n'avait jamais  vu visage aussi frais, paisible et séduisant. Lorsqu'il croisa le regard de la nouvelle caissière dont les yeux sombres pétillaient de malice contenue il eut vaguement honte de sa nervosité et prit, bien involontairement, un air contrit. L'employée de la station lui offrit alors, pour le rasséréner, son plus beau sourire. Il en fut si profondément perturbé et ému qu'une demi-heure plus tard il avait toujours en tête les traits la belle inconnue.

D' hebdomadaires ses passages à la pompe se firent plus fréquents. Il en connaissait la raison mais mit longtemps à se l'avouer .Si l'absence éventuelle de la jolie caissière était désormais son plus vif motif d'inquiétude. Il fut rapidement en proie à un autre tourment. Oserait-il bientôt ouvrir son cœur à celle qui apparemment appréciait leurs rencontres aussi fugaces que furtives ?

Pour cela il eût fallu briser la glace qui les séparait et, au pied de la lettre, un tel geste aurait pu lui occasionner les plus sérieux ennuis.

Il résolut de tourner la difficulté en lui remettant un billet qui témoignerait de la passion qu'il lui vouait  et qui, depuis des mois, bouleversait son existence.

Après bien des versions maladroites rageusement jetées dans sa corbeille à papier il retint celle qu'il jugea la plus sincère et la plus directe persuadé que sa prochaine conquête partageait un identique appétit pour les choses de l'amour.  Il l'assura d'être un jour le plus heureux des hommes si sous les caresses de ses lèvres il devait sentir se dresser la pointe de ses seins, si, ses deux mains agrippées aux globes fermes et doux de ses fesses, il pouvait plaquer sa bouche contre son ventre et, lentement plonger vers sa toison pubienne pour découvrir et savourer tel des fruits rares et subtils ses trésors dissimulés tout en haut de ses cuisses  qu'il supposait d'une infinie douceur nacrée … avant de s'immerger au plus profond d'elle dans des étreintes qui les conduiraient tous deux jusqu'aux territoires sauvages de « la petite mort »… Bref un inventaire partiel de toutes ces mille félicités charnelles que promettent innocemment les amants à leur futures maîtresses !

Le jour venu de transmettre sa missive à l'inspiratrice de si violents désirs Pierre, dissimulé entre 2 véhicules garés sur le parking jouxtant la station, guetta avec une impatience tout juste maîtrisée le moment d'agir. En fin d'après-midi, à la faveur d' une baisse propice de fréquentation lui assurant de demeurer, quelques instants au moins, seul à seul avec la caissière il s'engagea rapidement dans la voie menant à sa cabine.

À voir le visage anxieux et  défait de son client la séduisante pompiste, alarmée par le fait que celui-ci ne s'était pas arrêté pour faire provision de gas-oil, se troubla à son tour. Elle  sût qu'elle ne s'était pas trompée sur la nature des sentiments qu'elle avait éveillé chez ce consommateur assidu quand celui-ci lui posa devant elle, une enveloppe contenant sûrement 3 à 4 feuillets, à en juger par son épaisseur.

À la lecture de la première page elle crût défaillir ! Il lui sembla que son corps se vidait de son sang, que son cœur s'arrêtait de battre. Si elle n'était restée assise sur son siège sans doute serait-elle tombée à terre tant ses jambes flageolaient. Pierre ne put supporter la vision de ce visage livide, de ces yeux embués, de ces mains agitées de tremblements incoercibles : Il se maudit de son initiative audacieuse qu'il avait nourrie de chimères et de fantasmes. Dans la plus vive affliction il s'éloigna, la mort dans l'âme, de la station.

Un mois plus tard, toujours hanté par cet épisode douloureux, il y revint contraint et forcé pour prévenir une panne sèche imminente. La caissière dont le sourire l'avait réduit en esclavage officiait toujours dans son « aquarium ». Alors qu'il achevait de remplir son réservoir il put l'observer à la dérobée ; elle semblait maintenant, feindre  la vivacité enjouée qui lui avait tant plu auparavant. Lorsqu'il parvint à sa hauteur sa confusion fut à son comble. Derrière la vitre, comme si elle s'attendait à son retour, la caissière ne manifesta aucun étonnement  mais dans le silence de son huis-clos sa bouche de sirène articula pour Pierre ce message muet cent fois répété  depuis sa disparition : « Je - vous- aime » !

Elle apposa sur la glace ses deux mains écartées puis ses lèvres entrouvertes et la pointe de sa langue se collèrent  sur la froide surface transparente de son habitacle. Sans réfléchir Pierre sortit de son véhicule et fit de même de l'autre côté de la vitre pour échanger ce baiser amoureux si peu conventionnel !.

Tant son bonheur était immense, il se sentit, l'espace d'une fraction de seconde, soulevé, irradié, désintégré …

 

Après que les pompiers eurent livré une bataille acharnée contre les flammes qui avaient dévoré jusqu'à la dernière poutrelle métallique de la station les sauveteurs purent constater l'étendue du désastre. Le site n'était plus qu'un immense cratère empli d'une eau noirâtre et irisée… à la périphérie duquel montaient toujours d'épaisses et nauséabondes fumerolles.

 

Alors Colonel quel est selon vous l'origine de ce sinistre ? interrogea un des premiers journalistes arrivés sur place ;  attentat,  défaillance technique de l'installation ou imprudence d'un fumeur?

 

Rien de cela répondit le responsable des secours du département : selon des témoins oculaires de la scène  il s'agirait tout simplement d'un coup de foudre !

 

Ch.C le 5/1/09

 


06/01/2009
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Vigilance

 

Vigilance

        Chez notre confrère Sud-Ouest on a le respect de la langue et de l'orthographe c'est donc à bon droit que JG (Jérôme Glaize) a relevé la faute commise par les rédacteurs d'un libelle émanant de la Fédération périgourdine de la libre-pensée qui s'insurgent contre une messe dite samedi à Auriac-du-périgord dans le cadre de la célébration du centenaire de la mort d'Eugène Le Roy, écrivain anticlérical, franc-maçon et libre penseur.

            Pour avoir écrit « l'église » avec un é minuscule, les bouffeurs de curetons sont renvoyés dans les cordes par le brillant journaliste dont personne n'a oublié les orageux démêlés avec Bernard Cazeau il y a quelques mois !

            Pourtant la vigilance du directeur de Sud-Ouest ne s'est pas exercée pleinement dans cette édition du vendredi 24 août.  Il aurait pu remarquer cette savoureuse coquille servie sur un plateau par Thomas Mankowski dans son reportage sur la visite, à Boulazac, du Ministre de l'Agriculture. Au cours de sa rencontre avec les professionnels de la filière viande, rapporte le chroniqueur, Michel Barnier « sert une soixantaine de mains ». Bah ! Tant qu'il ne serre pas les cordons de la bourse les éleveurs peuvent encore espérer de petites subventions !


01/09/2007
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Alzheimer

 

 

Alzheimer

Tiens ! Mon volant est à droite ! 

Pas commode, sans doute,  de ne pas rouler à gauche sur ces routes sinueuses du Périgord blanc.

Il me souvient que j’étais un  utilitaire … ou  une familiale.  Difficile, avec mes dimensions avantageuses de passer pour un coupé sport ! Pourtant comme dans ce type de voiture mon conducteur et ses passagers ont été abrités par une capote de toile imperméable.

Elle m’a préservé de la poussière de cette grange en ruines !

Mes constructeurs  n’ont pas lésiné sur le bois qu’ils ont su marier à mes lourdes tôles d’acier : le bois j’aime… c’est chaleureux !

            Est-ce que mon moteur tournait rond ? Je ne me le rappelle plus. Sans doute était-il gourmand… Ils l’étaient bien souvent à l’époque où je sillonnait les RN, les RD et les chemins vicinaux !

            J’aimais mes haltes chez le pompiste : quel plaisir de voir, à la force du bras,  se remplir de carburant les globes de verre de la colonne à essence !

            Aujourd’hui mes bielles et mes pistons sont arthritiques au dernier degré. Ce qui me faudrait c’est une bonne thalasso mécanique avec cure de dégrippant et bains d’huile chaude.

            Et pour finir… un bon p’tit coup de manivelle !

Tiens ! On m’a ôté mes roues !

            X… Gaillardias à Goûts-Rossignol.

 


04/08/2007
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On dirait le Sud ( en hommage à Nino Ferer)

On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d'un million d'années
Et toujours en été.



 


18/09/2006
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Quatre ailes

Avec mon hayon arrière, ça me faisait 5 portes... Je comprends toujours pas pourquoi on disait de moi que j'étais une 4 ailes?


20/03/2006
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