Casteret à Bara-Bahau

Il y a  53 ans Norbert Casteret  découvrait les gravures préhistoriques de la grotte de Bara-Bahau

 

Norbert Casteret, le célèbre spéléologue pyrénéen, est venu à maintes reprises en Périgord et pas seulement pour y tenir des conférences. En avril 1951 il découvrait, au Bugue, le sanctuaire paléolithique de Bara-Bahau, un jalon important de l'aventure artistique et spirituelle de l'humanité.

 

Ce 1er avril 1951, venus de leurs lointaine Haute Garonne, Norbert Casteret et deux de ses enfants, Raoul et Maud, s'extirpent difficilement d'une 4 CV bourrée de matériel d'exploration. Ils ont accompli ce périple à l'invitation de M. Maufrangeas,  alors président du syndicat d'initiative du Bugue.  Ce dernier espère que le «  maître de Saint- Gaudens » comme l'ont baptisé respectueusement ses amis et admirateurs saura, en compagnie de ses jeunes collaborateurs,  trouver d'importants prolongements au gouffre de Proumeyssac  jugé trop modeste rival de son grand voisin Padirac.  Malheureusement, en dépit d'investigations minutieuses qui les amènent à se glisser derrière chaque rocher et à s'introduire dans la plus modeste faille, aucun passage pouvant conduire à de nouvelles galeries n'est découvert au fond de l'abîme.

Sans doute déçu par ces recherches infructueuses Casteret n'en gratifie pas moins le gouffre d'un commentaire élogieux «Proumeyssac offre une profusion, une variété de stalactites, de stalagmites et de draperies très pures, translucides, qui en font un des plus beaux et purs fleurons de la France souterraine. C'est une véritable cathédrale de cristal.»

Au sortir de la cavité,  les spéléologues remontent dans leur véhicule, quittent les hauteurs d'Audrix et se hâtent de franchir la Vézère. A un demi kilomètre du Bugue on leur a signalé l'existence d'une caverne au nom étrange et à l'orthographe incertaine : Bara-Bao, Barrabaou, Bara-Bahau.

«Sitôt franchi le porche, la grotte se révèle de belles proportions. Un grand vestibule rectiligne, encombré de gros rochers tombés du plafond me fit excellente impression.»

confiera plus tard l'explorateur dans ses mémoires. «Voici une cavité qui a du être habitée aux temps préhistoriques». Ces propos qu'il tient à Raoul et Maud  ne vont pas tarder à recevoir une magistrale confirmation.

 

 

Pourtant le trio ne progresse guère que d'une centaine de mètres. Vers l'amont un grand éboulement a obstrué la galerie. Fidèle à son habitude consistant à scruter en détail les parois sur le chemin du retour, Casteret répartit soigneusement les postes d'observations. «Maud inspectera la muraille de droite, mon fils suivra celle de gauche tandis que je me réserve l'examen du plafond» relate-t-il dans son livre  «Ma vie souterraine».

«Je n'ai pas fait trois pas,  les yeux fixés à la voûte,  que ma fille qui marche non loin de moi s'exclame  :  je vois un cheval !  A cet instant et tandis que je me rabats vers elle,  j'aperçois à mon tour une silhouette faiblement incisée.  Un bison ! Raoul s'écrie presque au même moment   :  ici il y a un ours ! »

Un quart d'heure plus tard l'inventaire de la totalité  des gravures de Bara-Bahau sera réalisé. Dix-huit animaux  dont les plus grands dépassent 2 mètres de long  :  chevaux, aurochs, bisons, bouquetins,  cerfs,  ours,  félins… ainsi que tout un ensemble de signes.

 

A l'annonce de la découverte c'est tout d'abord l'incrédulité qui prévaut au Bugue. Comment, dans une grotte connue de tous les habitants, où tous les gamins de la localité vont « polissonner » et où d'innombrables archéologues  s'étaient succédés,  un tel bestiaire avait-il pu rester ignoré  ?  Aujourd'hui encore  l'historien et maire du Bugue, Gérard Fayolle,  n'en est toujours pas revenu : « Enfants, nous nous amusions le jeudi dans la caverne. Nous n'imaginions pas qu'au-dessus de nos têtes les chevaux et les bisons attendaient depuis des milliers d'années dans le silence et la nuit.»

L'Abbé Breuil en tête, tout ce que le pays comptait de spécialistes de l'art pariétal paléolithique défila à Bara-Bahau,  plongée du jour au lendemain sous les feux de l'actualité.

«l'Authenticité quaternaire des figures est indiscutable .» déclara bien volontiers «le pape de la préhistoire» qui ajouta : « Bara-Bahau n'est pas à elle seule un chapitre de l'histoire de l'art,  ce n'en est qu'un paragraphe mais on y trouve un document original, essentiel,  nouveau que tout préhistorien devra connaître et apprécier. »

Après une telle reconnaissance officielle il ne restait plus qu'à ouvrir le site au public ; ce qui fut fait très rapidement. En Périgord  une telle aubaine on ne la laisse pas passer. Chaque année  8000 visiteurs parcourent la grande galerie creusée par une ancienne rivière souterraine,  marchant dans les pas des inventeurs comme dans ceux, plus éloignés dans le temps,  des chasseurs de rennes.

 

Christian-Alain CARCAUZON

 

 

 

 

 

NORBERT CASTERET OU LA PASSION DES CAVERNES

 

 

Prince des spéléologues, capitaine nemo des abysses souterrains, Norbert CASTERET,  figure mythique de la spéléologie internationale,  s'est éteint  il y a 16 ans. Avec lui disparaissait  une certaine éthique de l'exploration souterraine…

 

Ses nombreuses découvertes et les récits palpitants qu'il devait en tirer avaient fait de lui un spéléologue mondialement connu. Mais depuis la fin des années soixante il ne coiffait plus son casque et ne revêtait pas davantage sa lourde combinaison d'explorateur d'abîmes. Retiré dans sa maison de Saint Gaudens il s'était fait, petit à petit, oublier des médias, du grand public mais aussi de ses successeurs sur ses anciens terrains d'aventure !

   « Ahurissant ! je croyais qu'il était mort depuis au moins 15 ans. » déclarait  l'un d'eux en 1987.

Casteret qui avait donné ses lettres de noblesse à la spéléologie n'était plus le maître à penser de la nouvelle génération. De  plus jeunes,  sportifs de haut niveau, techniciens brillants des modes sophistiqués de progression avaient brutalement transformé le monde souterrain en stade…quant ils ne pratiquaient pas, avec la même aisance, l'art de la reptation dans les antichambres des cabinets préfectoraux et ministériels.

«Le Vieux»,  lui, aimait la caverne pour elle même,  pour son mystère,  sa poésie…

Né en 1897 à Saint Martory (Hte Garonne) Norbert Casteret  est collégien à Toulouse lorsqu'il reçoit, prix de fin d'année scolaire, le «Voyage au centre de la terre»  de Jules Verne, une lecture qui l'enfièvre et  lui fait revenir en mémoire  «les ténèbres éternelles»  de la grotte de Bacuran parcourue 7 ans plus tôt en compagnie de ses parents.

Le virus de la spéléologie a trouvé en lui son terrain d'élection.  Sans grand équipement, ni matériel,  il se lance à corps perdu dans l'exploration des grottes de son Comminges natal.

Mais en 1914 la guerre éclate ! Engagé volontaire l'année suivante il connaît durant 3 ans l'horreur des tranchées. La paix revenue,  il achève ses études interrompues  :  faculté de Droit,  école de Notariat,  faculté des Sciences et Institut agricole.

Très vite il retourne à ses chères cavernes, seul d'abord,  le plus souvent, puis en compagnie de fidèles (Delteil, Gattet, Loubens, Jolfre…) au premier rang desquels sa femme Elisabeth qu'il épouse en 1924 et qui lui donne 5 enfants.

A partir de  1920 les découvertes vont succéder aux découvertes ;  lorsque, contraint par l'âge il «raccroche»,  ce sont plus de 2500 cavités qu'il aura parcourues et étudiées.

Les plus beaux fleurons de son activité insatiable  : les grottes ornées paléolithiques de Montespan et de Labastide, les gouffres Martel, d'Esparros, de la Henne Morte,  de la Pierre Saint Martin, les abîmes du massif d'Arbas,  des rivières souterraines comme la Cigalère ou celle de Labouiche, des grottes glacées de haute montagne… et la détermination en 1931 de la véritable origine de la Garonne -Le Trou du Toro- dans le massif de la Maladetta,  versant Espagnol.

 

Ecrivain de talent, récompensé à multiples reprises, Norbert Casteret en une quarantaine d'ouvrages a conté ses aventures. Traduits en 17 langues ils sont à l'origine de bien des vocations. Les spéléologues de plus de cinquante ans les ont tous dévorés dix fois plutôt qu'une…comme on va se ressourcer !

Publiés à la librairie académique Perrin les « must » ont des titres planants. «Dix ans sous terre», «Au fond des gouffres», «Mes cavernes», «Exploration», «Profondeurs», «Ténèbres», «Trente ans sous terre», «En rampant», «Sondeurs d'abîmes», «Au pays des eaux folles»…

Pour les malheureux qui sont passés à coté, à conseiller : «Ma vie souterraine» édité par Flammarion en 1961…Mais cette lecture n'est pas sans danger…C'est comme ça que tout commence !

Ch-A.C

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BLUES DE LA GERANTE

 

 

Même au «Pays de l'homme» une grotte fût-t-elle ornée de gravures paléolithiques n'est plus assurée aujourd'hui de faire recette!  Le développement exponentiel de l'économie touristique a engendré, depuis plusieurs années,  une multiplication de l'offre qui, loin de là, n'est pas toujours de qualité. Pour quelques parcs à thèmes,  façon Disney de fortune,  cavernes en toc et autres fac-similés tristounets qui se taillent, à coups de matraquage publicitaire, la part du lion,  bien des sites alliant authenticité et discrétion de l'aménagement ont du mal a résister . Leurs gérants ou animateurs confrontés à une concurrence impitoyable sont tentés de jeter l'éponge !  C'est le cas de Mme Dominique Mouligné qui depuis 1999 a repris le flambeau d'une exploitation autrefois assurée par Mme Georgette Duret.  Chaque jour elle se bat pied à pied  pour assurer la survie d'une entreprise qui constitue  un élément essentiel de notre patrimoine.

 «Lorsqu'il y a 4 ans nous nous sommes lancés dans l'aventure que représentait le rachat de la grotte de Bara-Bahau,  nous étions loin de nous douter des difficultés auxquelles nous aurions à faire face. En dépit de l'importance de l'investissement que représentait le rachat de la cavité et du stock, et le coût des aménagements qu'il a bien fallu effectuer, nous n'avons perçu aucune subvention… La synergie qui existait autrefois entre Proumeyssac et Bara-Bahau sous la direction des époux Duret n'existe plus,  bien évidemment,  de sorte que nous avons perdu totalement la clientèle des autocaristes qui achetaient auparavant des billets groupés pour la visite du gouffre et de la grotte. Immédiatement, la baisse de fréquentation s'est ressentie.  Je l'estime à environ 3000 visiteurs. Nous n'enregistrons plus que 8000 entrées par an  ce qui avec le montant de nos charges, frais d'exploitation et frais financiers , n'est pas suffisant. Je ne m'octroie qu'un salaire bien inférieur au SMIC  et ceci pour un travail  de guide, d'agent d'entretien, de secrétaire, de comptable et de gérante qui me mobilise bien plus de huit heures par jour. Au Bugue même,  nous avons le sentiment d'être

mis en quarantaine : certains n'hésitent pas à nous dénigrer et conseillent aux touristes de faire l'économie d'une visite de la grotte. « n'allez pas à  Bara-Bahau ; c'est rien !»  l'Aquarium du Périgord Noir,  le village du Bournat ainsi que Proumeyssac ont, eux, les moyens de se faire connaître et il est vrai que les vacanciers, surtout en famille, ne peuvent pas répondre à toutes les sollicitations. Malgré tout  on s'accroche, je m'investis à fond dans les visites et je vous jure que sous ma conduite toutes les gravures deviennent lisibles et qu'à la sortie chacun les a gardées en mémoire.»

Fermée en Janvier la grotte de Bara-Bahau est accessible au public  de février à juin de 10h à 12h et de 14h à 17h30,  en juillet et août de 9h30 à 19h sans interruption,  de septembre à décembre de 10h à 12h et de 14h à 17h.

 Chaque visite dure 35 mm et la dernière démarre une demi-heure avant la fin de ces horaires.  Pour tous renseignement complémentaires : tel/fax 05.53.07.44.58.

On peut également consulter les sites internet  qui évoquent la grotte. Il suffit pour cela de taper Bara-Bahau. Facile non ?

Ch-A  C.

 

 

 

 

 

LA GROTTE : UN SANCTUAIRE PROFOND  DEDIE AUX EQUIDES

 

 

Classée monument historique en avril 61 la grotte de Bara-Bahau s'ouvre en rive droite du Ladouch, ruisseau qui conflue  non loin de là avec la Vézère. Creusée dans le calcaire marneux  du Sénonien, la cavité, longue d'une centaine de mètres, large de 8 à 25 mètres pour une hauteur oscillant entre 3 et 12 mètres, se présente schématiquement comme une galerie ascendante orientée sud-nord. A une trentaine de mètres de l'entrée actuelle, une salle latérale est encore parcourue dans ses profondeurs par un ruisseau temporaire. Soixante mètres plus loin un puissant éboulis constitue le fond de la caverne. C'est  un peu avant cet obstacle terminal que Casteret et ses enfants découvrirent, dans la nuit du 1er au 2 avril, les gravures qui devaient être expertisées  en août par l'abbé Breuil et dont le relevé devait mobiliser 4 ans plus tard André  Glory. Ces œuvres pariétales, 26 au total, se répartissent en deux groupes ; les animaux d'une part au nombre de dix-huit et les signes d'autre part. Plus de la moitié des figurations animalières représente des équidés, le quart suivant est composé de bovinés (Aurochs, bisons)  mais on relève aussi les silhouettes d'un ours, d'un renne, d'un bouquetin et celle d'un animal hybride baptisé «félin-cheval» … Tectiforme, signes quadrangulaires, grilles, bâtonnets… complètent le décor.

La médiocre qualité de la roche encaissante qui à selon l'appréciation de l'abbé Glory un aspect de « fromage blanc » ponctué de rognons de silex  a rendu difficile la tâche des artistes paléolithiques dont les créations apparaissent malhabiles. Cet aspect archaïque  devait conduire les premiers chercheurs à proposer pour ce sanctuaire une datation reculée dans le temps : Aurignacienne c'est à dire voisine de 25000 ans avant le présent. Aujourd'hui, à la suite de A. Leroi-gourhan,  B & G Delluc qui ont repris l'étude de Bara-Bahau penchent plutôt pour une attribution plus réaliste à la fin du Magdalénien ancien ou au début du Magdalénien moyen.

Ch-A  C.

 



Article ajouté le 2005-09-07 , consulté 336 fois

Commentaires


Jean BERTY le 04/01/2006 à 06:30:13
J'ai d'autres photos des Casteret à Bara-Bao.
Serge AVRILLEAU le 10/06/2006 à 17:30:24
C'est bien de rendre un hommage mérité à la famille CASTERET, des aventuriers comme on en fait peu. Il faudrait aussi le faire pour André GLORY.

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