TourtoiracTOURTOIRAC AMENAGEMENT DE LA GROTTE DE LA CLAUTRE : IL EST URGENT D'ATTENDRE Dans le bourg même de Tourtoirac, non loin de l'abbaye Bénédictine et à la base des escarpements rocheux qui se dressent en rive gauche de l'Auvézère la fontaine de la Clautre ramène au jour les eaux souterraines circulant dans les profondeurs du causse. Cet exutoire, défendu par un premier siphon a toujours suscité l'intérêt des spéléologues. Après de premières reconnaissances effectuées en 1978 par trois membres du Spéléo-Club de Périgueux ( voir l'article ci-contre) le plongeur corrézien Gérard Bugel s'aventure, à son tour, deux ans plus tard dans d'étroits méandres, rarement exondés, sur plus de 130mètres de distance. Ce drain le plus souvent noyé et aux parois déchiquetées par la corrosion, ne fera l'objet, pendant 15 ans, d'aucune autre tentative d'exploration. Pas vraiment étonnant : le terminus du Briviste est un passage ensablé d'à peine 10 cm de hauteur ! A la fin janvier 1995, le Mussidanais Jean-Luc Sirieix, l'un des meilleurs spéléonautes français de l'époque, s'engage à son tour dans la cavité. Après franchissement en décapelé - c'est à dire en poussant devant lui ses bouteilles – d'un passage préalablement désobstrué sur plus de 10 mètres, Jean-Luc prend pied dans une longue galerie concrétionnée dans laquelle il progresse sur plusieurs centaines de mètres, émerveillé par la beauté du paysage minéral vierge que dévoile sa lampe frontale. Au retour d'une seconde incursion accomplie en compagnie d'autres équipiers dont il avait mal évalué l'expérience, le plongeur périgourdin décède dans des circonstances demeurées conjecturales ; il ne sera pas le seul à avoir payé au prix fort son audacieuse incursion souterraine. Son amie Annie Maire avait trouvé la mort quelques instants avant lui dans les longues voûtes mouillantes les séparant de la surface (1). Ce double accident n'entravera pas la poursuite des investigations ; encre des rubriques nécrologiques à peine séchée les recherches reprennent sous direction de Philippe Marchive l'un des 4 participants à la dramatique plongée du 4 février 1995. A l'heure actuelle le réseau découvert aurait été exploré, en direction du sud-est, sur plus de 2,5 km Aux yeux des spéléologues la grotte est exceptionnelle et certains d'entre eux ne tardent pas à communiquer leur enthousiasme au maire de la localité M. Dominique Durand qui, puits d'accès tout juste foré, à l'été 2001, en amont des zones siphonantes va, par lui-même, se convaincre, en tout confort, de la nécessité de procéder à un aménagement touristique du site. Le projet, malgré une promotion savamment orchestrée, ne fait pas l'unanimité : certains spécialistes sont loin de partager le point de vue des explorateurs. Le décor de calcite qui a transformé le terne drain rocheux karstique en un surprenant palais baroque est certes remarquable dans l'approche intimiste qu'en ont les inventeurs mais il n'est en rien supérieur à celui des grottes du Grand Roc ou de Villars. De plus, précisent-ils, les dimensions restreintes de la section de galerie qui, au-delà du puits d'entrée, sera équipée sur 300 mètres environ de passerelles et caillebotis imposeront de lourds travaux dont le sol et les parois ne sortiront pas indemnes. L'argile, le long du ruisseau, est omniprésente et devra être retirée, il faudra mutiler coulées stalagmitiques et draperies, ventiler l'itinéraire car l'hygrométrie est maximale et un véritable brouillard se formerait dès l'apparition des visiteurs. Bref, si l'on ajoute ascenseur, électrification, câbleries, scellements…c'est sûrement un saccage partiel que pourrait connaître la cavité ! Mais, en Périgord, privilégiant l'aspect économique et financier, beaucoup d'élus et d'opérateurs privés écartent, dans le traitement de nombreux dossiers, toute considération écologique et patrimoniale. La Clautre, selon M.D.Durand, est un produit (sic) de qualité et de rentabilité susceptible de générer des profits et c'est sur ce seul espoir hasardeux que s'est forgée la décision du maire. Le plus étonnant dans cette affaire c'est la position des adhérents du Groupe Spéléologique Périgourdin qu'on aurait supposé être les plus fervents protecteurs de cet espace naturel. En réalité ces derniers sont les meilleurs soutiens du maire de Tourtoirac …il est vrai qu'eux-mêmes, murmure t-on, auraient conçu le projet d'organiser (bénévolement ?) dans les parties demeurées sauvages, mais pour combien de temps encore ? du réseau, des safaris souterrains. Le 30 janvier dernier une réunion rassemblait à la mairie du bourg les différents services administratifs concernés par cet équipement touristique. La plaidoirie de M.Dominique Durand n'aurait pas su convaincre les techniciens de l'Etat et du Conseil Général de s'impliquer dans le financement de l'étude de faisabilité remise par l'aménageur M.Montovani, actuel propriétaire de la grotte de Choranche en Isère. Etude plate et sans grands détails techniques, en particulier sur les conditions d'accès, ont jugé les représentants des collectivités territoriales ; les pompiers du CDIS auraient, quant à eux, émis des doutes et réserves sur la sécurité du site, pour l'heure dépourvu d'une seconde issue de secours …Il est donc, en fonction de ces avis autorisés, urgent d'attendre…une nouvelle mouture plus étoffée du dossier. D'ici 5 à 6 mois, le comité de pilotage se réunira à nouveau. Mais quelles que soient les modifications apportées au dossier il pourrait bien ne recevoir qu'un accueil poli : du coté des bailleurs de fonds – Etat, Région, Conseil général– personne ne semble persuadé de la validité économique du projet : les comptes d'exploitation du prestigieux château de Hautefort voisin ne témoignent pas, loin de là, d'une fréquentation touristique majeure et les succès remportés par la grotte de Villars doivent beaucoup à l'ultra et dispendieux volontarisme publicitaire déployé par son gérant M. Hubert Versaveaud. A cette aune-là il y a effectivement de quoi douter de la rentabilité d'un aménagement fort coûteux pour les habitants de Tourtoirac et plus généralement pour ceux du département .(2)
Pourtant, dans le camp Durand, on ne baisse pas les bras ; des baux emphytéotiques auraient été déjà passés, début 2002, entre la commune et les nombreux propriétaires des terrains concernés…et, sur les rives de l'Auvézère, en comptant déjà de mirifiques flots d'eus (on ferme les yeux sur les nuisances induites – bétonnage et bitumage sont les mamelles du tourisme contemporain–) tandis qu'au profit de la Clautre on repousserait aux calendes grecques la mise en route de travaux prioritaires comme la mise en valeur du vieux bourg, de sa traverse et surtout de son abbatiale. Christian-Alain Carcauzon (1) Sur le mur défendant l'accès à l'ancien captage la F.F.S, le S.C.P , le C.A.C.S et l'E.P.S ont apposé une plaque sibylline et ambiguë « ornée » d'une chauve-souris hilare échappée d'un cartoon américain ; elle rappelle la découverte du plongeur Mussidanais…sans évoquer sa mort ni celle de son amie Annie Maire. L'invitation formulée à respecter et protéger « cet univers fabuleux » n'aura eu qu'un temps si le projet d'aménagement touristique se concrétise (2) le montant de l'étude de faisabilité se situerait entre 10 .000 et 14.000 euros. Si les partenaires financiers de la mairie de Tourtoirac décidaient de s'engager plus avant ils commanditeraient ultérieurement d'autres études destinées à préciser le coût réel de l'opération d'aménagement. L'Attribution d'une Dotation globale d'équipement à la commune, pour la réalisation de ce projet spécifique, impliquerait l'état –via la préfecture de la Dordogne– à la hauteur de 30% du montant des travaux. Des fonds européens (15% du total) pourraient également être dégagés ; ils viendraient s'ajouter aux enveloppes distribuées par la région Aquitaine et le C.G. 24 couvrant 35% de l'investissement envisagé. Le solde à la charge de la commune ne serait certes que de 20% mais il risque fort d'obérer les finances locales et d'entraîner à court terme une hausse sensible des impôts, d'autant que la fréquentation touristique prévisible du site, eut égard à son attractivité moyenne, ne semble guère pouvoir, dans le meilleur des cas, autoriser l'équilibre financier d'une structure qui aura à faire face à de lourds frais de fonctionnement et de maintenance
Jean-Luc Sirieix : un spéléologue d'exception La disparition tragique de Jean-Luc Sirieix, le 5 février 1995 au retour d'une plongée victorieuse à la Fontaine de la Clautre (Tourtoirac), a unanimement et durablement affecté la communauté spéléologique. C'est en 1977, à l'âge de 16 ans, qu'il débuta sa carrière d'explorateur au sein du Spéléo-Club de Périgueux. Rapidement son audace justifiée par une maîtrise irréprochable des techniques de progression fait merveille au sein du groupe Périgourdin. Dévoré par une passion quasi exclusive pour le monde souterrain il opère, pratiquement chaque week-end, entouré d'un noyau d'amis fidèles séduits par sa discrétion, sa modestie et sa générosité, dans les profondeurs des causses de Dordogne et du Quercy mais également sous les massifs pyrénéens auxquels il vouera un véritable culte. Ses plongées dans les siphons des abîmes du Pic de Ger constituent, 40 ans après le début des expéditions du SCP, le point d'orgue de la contribution des spéléologues de Dordogne à la connaissance des immenses réseaux hydrogéoloqiques de ce secteur de la chaîne karstique.
Dès 1985, il s'était intéressé à la plongée souterraine, discipline dangereuse et exigeante, qui n'est servie que par des êtres d'exception. Jean-Luc était de ceux là ! Et pourtant cette méthode d'exploration n'était pour lui qu'un outil, pas une fin en soi. En dix huit ans passés au SCP il figure plus de 400 fois dans les comptes-rendus d'activité trimestriels publiés par la revue Spéléo-Dordogne. Dans le département même ses découvertes sont innombrables. A 34 ans, arraché brutalement à l'affection de ses amis et de sa famille, il a obtenu prématurément le cruel privilège de rendre son nom indissociable de la spéléologie périgourdine. Ch.C. 1978 : EN APNEE A LA CLAUTRE Il y a 26 ans la Fontaine de la Clautre alimentait encore le réseau municipal d'adduction d'eau – pas toujours potable - de Tourtoirac. Cet exutoire de régime pérenne et aux crues parfois impressionnantes fascinait les spéléologues enfiévrés par leur exploration du surprenant et apparemment inépuisable ruisseau souterrain de Sarconnat découvert en 1976 dans la commune proche d'Excideuil.. Rêvant de réitérer, sur les rives de l'Auvézère, une aussi importante découverte, certains d'entre eux parvinrent à force de sollicitations et de diplomatie à arracher l'autorisation de tenter une première reconnaissance dans la cavité rendue impénétrable par les aménagements liés au captage. Récit, au présent antérieur, d'une première plongée accomplie, à la mode Casteret, au printemps 1978. L'entrée naturelle de la résurgence, un porche bas s'ouvre, juste derrière le lavoir qu'elle alimente, à l'intérieur d'une vilaine casemate de béton. Rasante avant la construction d'un muret transversal de retenue, la voûte de la cavité disparaît dorénavant sous l'eau de la vasque artificiellement crée.
Malgré cet exhaussement du niveau le passage semble possible. Avec 80 centimètres de hauteur, entre sol et toit rocheux, cette amorce de galerie noyée nous épargne au moins une plongée à frottement dur. Une constatation qui nous soulage plutôt, Gérard Delorme, mon frère Serge et moi, les trois candidats au barbotage underground. Le siphon étant jusqu'à présent inviolé, aucun de nous n'en connaît la longueur ; nous espérons simplement qu'elle sera la plus courte possible car nous allons piquer une tête dans le ruisseau avec pour tout viatique l'air contenu dans nos poumons.
C'est notre ami Gérard, le géologue du SCP, qui a le redoutable privilège d'ouvrir la route. Nous lui confions une cordelette, grâce à laquelle, par un code de tractions, il nous signalera son arrivée éventuelle dans la galerie où la salle exondée qui doit exister en amont de la voûte mouillante. Dernières vérifications, dernières inspirations…il est parti. L'eau immédiatement se trouble, nous distinguons encore un bref moment la faible lueur jaunâtre de sa lampe…et le conduit retourne aux ténèbres. Entre mes doigts, le fil d'Ariane s'est déroulé sans à-coups. 4 ou 5 mètres ont été dévidés ; Gérard doit avoir franchi l'obstacle puisqu'il ne sollicite plus de mou ! Bientôt nous devrions recevoir son signal. Les secondes s'égrènent, voilà déjà une bonne minute que nous attendons en vain et ça commence à nous inquiéter. Notre ami Claude André, que tous appellent Zouzou, venu nous assister, partage lui aussi nos craintes. Je tire lentement sur la cordelette ; elle vient n'offrant aucune résistance. Il s'est donc détaché. S'il est véritablement ressorti à l'air libre, pourquoi ne s'est-il pas manifesté ? Je connais trop ces exemples de plongeurs asphyxiés par des gaz accumulés dans les cloches qui entrecoupent la plupart des siphons pour ne pas m'alarmer. Si c'est le cas il faut agir très vite ; je me glisse à mon tour sous la voûte noyée. Elle n'excède pas 2 mètres et j'émerge presque aussitôt au centre d'une petite salle prolongée vers le sud-est par une étroite diaclase qui canalise le ruisseau souterrain. Gérard, bien vivant, vient d'en achever l'exploration. Tout heureux du succès de sa tentative et attiré irrésistiblement par cette galerie qui lui promettait une belle découverte il a tout simplement oublié de transmettre le signal convenu ! Je ne renouvelle pas cette erreur et Serge, rassuré, ne tarde pas à nous rejoindre. Comme Delorme nous butons au bout d'une quinzaine de mètres sur un second siphon tout à fait infranchissable en apnée celui-là. En fait la diaclase n'est pas entièrement submergée par le ruisseau mais la largeur de la fissure qui surmonte le plan d'eau n'excède pas 15 centimètres. Un peu trop juste pour y loger la tête. Pour nous c'est fini ! Christian-Alain Carcauzon Les grottes de Tourtoirac Dès le début des années cinquante Bernard Pierret, chef de file d'un spéléo-club de Périgueux fraîchement créé, entreprend l'étude spéléologique de la vallée de l'Auvézère. L'exploration, prés de Nailhac, de la rivière souterraine de la Reille, effectuée peu de temps auparavant par les frères Robert et Yves Delfour et Claude Devidas de Hautefort lui avait laissé entrevoir toutes les potentialités d'une région qui aujourd'hui encore est loin d'avoir livrée tous ses secrets. Tourtoirac n'échappe pas à ses minutieuses investigations et, en 1953, dans son livre « Le Périgord Souterrain » ( voir article suivant) il consacre quelques dizaines de lignes aux cavernes de cette commune du causse jurassique.
« Tourtoirac c'est un village tranquille au bord de l'Auvézère, des vieilles maisons silencieuses enfouies dans la verdure, un vieux clocher tout gris dominant de vieux toits. Tourtoirac c'est par excellence l'antique et calme bourg périgourdin des vallées ; mais Tourtoirac c'est aussi le pays des eaux souterraines et des cavernes, un des coins favoris des spéléologues régionaux car les grottes en effet y sont nombreuses et assez intéressantes. A l'est du village dominant la rive gauche de l'Auvézère et bordant la pittoresque route de Hautefort s'élève une longue muraille de falaises calcaires ; dans ces roches tourmentées, encombrées d'une luxuriante végétation s'ouvrent de nombreux porches, un peu partout. Sans doute, aucun, ne conduit à de grandes cavités mais les antres modestes dans lesquels ils permettent d'accéder n'en doivent pas pour autant être tenus comme négligeables. Ce sont là des grottes sèches fossiles, suspendues aujourd'hui bien au-dessus du talweg, résultats d'anciens creusements correspondant à un niveau de base plus élevé de l'Auvézère. Ces considérations sont importantes du point de vue géologique. Des circulations souterraines sans doute abondante qui ont élaboré ces cavernes, mortes désormais, ne subsiste plus aujourd'hui que le drainage inférieur alimentant la belle fontaine de Tourtoirac (La Fontaine de la Clautre). Nous saisissons ainsi, sur le vif, une phase des eaux souterraines en pays calcaire ; enfouissement progressif et amenuisement actuel. Sur l'autre rive de l'Auvézère, à l'ouest du village cette fois ci, existe une petite exsurgence difficile à situer avec précision. Non loin de cette résurgence au bas du talus supportant la route blanche de Laudonnie s'ouvre un soupirail surbaissé encombré de buissons et de ronces ; c'est le Trou de Croquemitaine, peu engageant au premier abord. Pénétrons-y malgré tout. C'est une ancienne sortie ou peut-être plus simplement un trop-plein de notre petite résurgence. Dés l'entrée nous devons ramper dans un couloir bas au sol encombré de galets qui ne facilitent pas la progression ou, tout au moins, ne la rendent pas particulièrement agréable. L'inconvénient c'est que cette pénible reptation se prolonge sur deux cents mètres environ. La pente régulière mais faible nous conduit enfin, après ce parcours, au ruisseau souterrain d'alimentation. Il est impossible des descendre ce ruisseau vers l'aval. Par contre on peut remonter son cours quelque peu si l'on accepte de s'immerger au moins partiellement. Mais assez rapidement on est arrêté par la classique voûte mouillante ; cette alliance hermétique de l'eau et de la roche tant de fois maudite par les spéléologues aux moments les plus intéressants de leurs explorations. Quelle est l'origine de cette circulation hypogée du Trou de Croquemitaine (1) ? Nous ne pouvons répondre à cette question avec une certitude absolue. Malgré tout nous pensons qu'elle ne doit pas être sans relation avec la Fontaine de Rozier qui n'est qu'un regard sur un ruisseau souterrain ; ruisseau souterrain qui pourrait bien être l'amont de notre système. La zone d'alimentation du réseau enfoui serait alors le massif de coteaux s'étendant au nord-est de Tourtoirac en direction d'Excideuil et de Saint-Raphaël. Dans ce massif nous connaissons d'ailleurs une autre cavité ; le Trou de la Chèvre qu'il serait possible de rattacher plus ou moins directement à l'ensemble hydrogéologique supposé. Mais ce ne sont là qu'hypothèses et dans le domaine des eaux souterraines, les hypothèses sont souvent trompeuses. D'autres cavernes existent encore aux environs de Tourtoirac ; certaines sont mal connues voire même totalement ignorées. Peut-être, pourtant, sont-elles susceptibles de réserver des surprises. » Bernard Pierret (1) La cavité est également connue sous la dénomination de Trou du Bourru Tourtoirac
DU VIEUX PONT FAISONS TABLE RASE ! Le « stupide XIXème siècle », comme le vilipendait outrancièrement, mais avec tellement de fougue, d'intelligence et de talent, Léon Daudet, a commis, en matière de patrimoine architectural, d'irréparables saccages. Ce qu'au fil des époques précédentes, les conflits armés ou l'absence d'entretien n'étaient pas parvenus à mettre à bas, les arrière-grands-pères des plus âgés d'entre nous, et leurs successeurs, s'employèrent à le réaliser. Consciencieusement, persuadés d'œuvrer, comme Bernard Cazeau aujourd'hui, pour la modernité, ils s'acharnèrent, influencés par les Haussmann et autre Viollet-le-Duc, sur beaucoup de monuments dont l'harmonieuse stéréotomie aurait pu être un reproche constant adressé à ces adeptes du « grand appareil » pâtissier ! Venus trop tôt au monde ils auraient pu, de nos jours, trouver à s'employer chez « Euro-Disney ». Hélas ils sévirent, du Second Empire à la fin de la 3ème république, en toute ignorance ou mépris du message de leur contemporain, Prosper Mérimée, premier défenseur du legs de nos ancêtres. Le Périgord eut certes à pâtir du « reconstructivisme bourgeois » de Paul Abadie, dont l'œuvre maîtresse – l'exécrable Sacré-Cœur de Montmartre- apparaît déjà en filigrane dans la « restauration » qu'il fit, à partir de 1851, de la cathédrale Saint-Front, mais il eut souvent, aussi, à déplorer les aménagements urbanistiques concoctés par les élus locaux. Ceux de Nontron n'y allèrent pas avec le dos de la cuillère qui firent purement et simplement démolir le trésor architectural que constituaient le château féodal et sa chapelle castrale surplombant le Bandiat. A Tourtoirac c'est le premier magistrat de la commune, un certain Henri Chavoix, par ailleurs cumulard politique et membre de la loge maçonnique « Les amis persévérants et l'Etoile de Vésone réunis », qui s'employa à faire disparaître un monument particulièrement remarquable : le vieux pont de la localité dont les faiblesses n'imposaient qu'une bonne restauration ! Une photographie prise par le Marquis de Fayolle, en 1888, à la veille de sa démolition, atteste que ce pont, lancé sur l'Auvézère, s'apparentait à celui de Terrasson. Les piles sur lesquelles s'appuyait l'arche centrale de plus de 10 mètres d'ouverture, brisaient le courant de leurs avant-becs en éperon qui, au niveau de la chaussée, servaient de refuge a des piétons peu soucieux, au passage des charretiers, de se faire coincer entre roues et parapet.. Ses premiers descripteurs, MM. Ch.Durand et Géraud Lavergne, avouent, dans leurs publications respectives de 1904 et 1959, ne pas connaître la forme des piles vers l'aval ; Géraud Lavergne estime qu'elles comportaient sans doute, comme au pont Saint-Martial de Limoges, un contrefort plat.
Avec son profil en « dos d'âne » l'ouvrage évoquait aussi les jolis ponts de Bourdeilles et de Saint-Jean de Côle ; mais ce qui lui conférait un intérêt supplémentaire c'était la présence d'une chapelle à la Sainte Vierge. En quelques lignes, l'archiviste, historien et secrétaire général de la S.H.A.P. Géraud Lavergne nous en donne un aperçu. « L'avant-bec de la tête amont … le plus proche du bourg, avait été surélevé de façon à pouvoir loger (la) chapelle. (Elle) s'ouvrait dans le parapet par un grand arc plein cintre surbaissé, à larges claveaux appareillés, dont les sommiers reposaient directement sur une banquette grossière. Sous la voûte en berceau ainsi formée, était pratiquée une niche à fond plat, en forme d'arc plein cintre surhaussé sur un soubassement de pierre crue un bloc de pierre rectangulaire supportait une croix de pierre épaisse à branches très courtes… Sur l'extrados de l'arc extérieur était monté le mur-pignon de l'oratoire à rampants de pierre plate comme le toit. L'édicule ne comportait aucune ouverture sur la rivière mais un cordon mouluré sur les deux faces de l'avant-bec le signalait à l'attention. » Tel que le cliché le restitue, le vieux pont à trois arches, élégante construction ancienne ajoutait au paysage « une note artistique de couleur et de forme ». Victime de l'aspiration au désenclavement inter-communal d'un député-maire mal inspiré (1), il sera détruit début 1889 et cédera la place, fin novembre de la même année, à l'ouvrage « d'art » sans grâce – deux culées et deux piles supportant un tablier métallique – qui aujourd'hui encore relie les deux rives de l'Auvézère. Christian-Alain Carcauzon Bibliographie Ch.Durand Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord t XXXI 1904. p.105 note Géraud Lavergne L'Ancien pont pp. 71-75 dans Tourtoirac ouvrage collectif 1959 (1) le nouveau pont, ancré sur les fondations du précédent, n'offrira qu'une largeur améliorée de quelques centimètres. Voilà une information qui eut fait les délices de la cour des comptes et de Jean Pierre Pernaud grands traqueurs populistes du gaspillage des deniers publics. Que ces derniers se rassurent, faute d'avoir eu à connaître du pont peut être dans quelque temps, auront ils à plancher sur le dossier de la grotte de La Clautre ? Article ajouté le 2005-08-30 , consulté 1469 fois CommentairesSerge AVRILLEAU le 01/08/2006 à 23:40:17Récits passionnants et passionnés qui nous rappellent les joies de la découverte et leur corollaire le danger souterrain. Quant à la bêtise humaine elle est partout et de tous temps. eyrick le 12/03/2008 à 10:42:45 petite précision sur la grotte de La Clautre. A ce jour les baux emphytéotiques ne sont pas signés. Seules des "promesses de bail" l'ont été. Il se trouve que maintenant une famille (suite à un décés les terrains se trouvent en indivision)ne désire plus signer. Les travaux ont donc commencé sans que en cas d'accident les responsabilités soient bien établies (les propriétaires ou la commune qui n'est toujours pas locataire ?) LiensVoir les articles de la catégorie " SPELEOLOGIE "Retour aux articles |
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