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JUSQUIAME

J comme Juin  J comme…Jusquiame

 

Elle n'a pas la (mauvaise) réputation du Ricin et de son dérivé la Ricine ; elle ne figure pas (encore) dans la liste de ces armes Bactériologiques, nucléaires et chimiques que nos « amis » yankees font semblant de rechercher à « corps – de G.I.- perdus »

… elle pousse et fleurit ici ou là , en ce moment, en Périgord  & ailleurs

 

Elle est belle, fascinante, affiche en toute sérénité un charme vénéneux…C'est une  vivace bisannuelle qui affectionne les sols légers, sablonneux ou calcaires comme il y en beaucoup en Dordogne. Sur sa tige érigée, haute parfois de 80 centimètres, se développe tout un buisson de grandes feuilles alternes lancéolées et velues d'un vert foncé à la sourde et profonde matité,  le calice campanulé à cinq lobes de ses fleurs regroupées en épis terminaux arbore une teinte jaune à beige veinée de rouge. « Elles paraissent de mai à juillet et sont remplacées par une capsule à deux compartiments qui s'ouvre comme une boite à savonnette,  pour laisser échapper les graines mûres »  explique le Dr SAFFRAY dans son ouvrage «  les remèdes des champs » publié en 1880 chez Hachette. Toutes les parties de cette plante exhalent une odeur vireuse qui n'a pas su détourner de sa consommation brebis, chèvres , vaches…et cochons  d'ou son nom YOSCYAMUS NIGER du grec HYOS et CYOMOS qui veut dire « la gousse du sanglier » car l'animal  s'en nourrissait.   Prodigue,  la langue populaire  baptisa aussi la Jusquiame, sa dénomination  ordinaire, Hanebanne, Potelée,  mort aux poules et herbe aux chevaux…Très abondante autrefois au bord des chemins sur friches et décombres, elle est devenue plus rare aujourd'hui  et a peu à peu disparu de notre panthéon botanique…Au point qu'à un stade végétatif précoce son identification ne va pas de soi tant son image s'est estompée dans les mémoires.  Pourtant dés la plus haute antiquité l'homme sut  tirer parti de ses vertus médicinales.

 

 

 

Le médecin grec DIOSCORIDE qui fut l'auteur du traité «  de materia medica » la recommandait déjà,  au 1er siècle de notre ère,  pour favoriser le sommeil et soulager la douleur. Il est vrai que  cette solanacée contient des alcaloïdes puissants, l'HYOSCYAMINE et la SCOPOLAMINE aux propriétés antispasmodiques narcotiques et hypnotiques. Voilà sans doute pourquoi, à Delphes,   elle avait les faveurs de la Pythie qui formulait ses prophéties en respirant la fumée d'un feu de ses graines. Circé connaissait son pouvoir elle qui l'employa pour métamorphoser les compagnons d'Ulysse en pourceaux .   Les herboristes égyptiens  l'avaient également en grande estime  et au Moyen Age elle fut particulièrement prisée des sorcières, malandrins, bohémiens et autres arracheurs de dents… qui eurent recours à ses services pour perpétrer plus commodément leurs mauvais coups.  Shakespeare, dans Hamlet, l'évoque par la bouche du fantôme du roi du Danemark s'adressant à son fils: « …arriva ton oncle avec un jus maudit de Jusquiame enfermé dans un flacon qu'il vida dans le creux de mon oreille. L'effet est si dangereux pour le sang de l'homme que, subtil comme le vif argent, il se fait sentir dans tous les vaisseaux, toutes les veines de son corps et qu'avec une soudaine vigueur, il caille et arrête, comme ferait une goutte d'acide dans du lait, le sang le plus limpide et le plus sain. »

A faire froid dans le dos !

 

Même l'usage externe de la plante est loin d'être sans danger.  «  On a vu des symptômes d'empoisonnement résulter de l'application des feuilles fraîches de jusquiame sur une brûlure…Des hommes  qui dormaient dans un grenier où l'on avait mis çà et là  des racines de cette plante pour en écarter les rats, se réveillèrent atteints de stupeur et de céphalalgie ; l'un d'eux éprouva des vomissements et une hémorragie  nasale abondante » rapporte CAZIN  dans son monumental et irremplaçable  « Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes 

 

Reste, cependant, qu'utilisée à doses thérapeutiques,   yoscyamus niger  s'avéra utile dans le traitement des névroses,  des névralgies,  des affections oculaires ; certains praticiens la prescrivirent pour combattre l'insomnie,  les inflammations,  la goutte ou les douleurs du rhumatisme articulaire aigu.

Dans la petite famille des solanacées toxiques et maléfiques qui firent également une belle carrière dans le domaine pharmaceutique on compte d'autres représentants parmi lesquels Le Datura, la Belladone, la  Mandragore. Le Datura a , ces dernières années, défrayé la chronique par les décès que son usage à titre de stupéfiant a occasionné dans les rangs d'une certaine population adolescente.  Il y a heureusement d'autres façons de trouver le chemin du paradis et de connaître l'extase !

 

Christine & Christian Carcauzon

 

Avec la complicité essentielle de  E.J.CAZIN « Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes » Jalons des savoirs 1997 réimpression de l'ouvrage publié en 1868 chez P.Asselin , de Pierre Delaveau «  plantes agressives et poisons végétaux » Horizons de France 1974, des rédacteurs de l'édition 1922 du « Larousse Agricole », de Roger Phillips et Nicky Foy « Herbes cueillette, culture, utilisation » La Maison Rustique  1991  et du bon docteur Saffray  dont le livre est cité plus haut dans le texte…

 

 

 

La Jusquiame au secours des rhumatisants

 

Si, en raison de sa dangerosité et de sa toxicité l'usage interne de la plante ne peut se concevoir que sous prescription médicale on peut néanmoins lui faire jouer un rôle réputé efficace contre les rhumatismes par frictions externes ; Et ce sont les feuilles, cueillies en été, séchées à l'ombre et conservées en récipients fermés, à l'abri de la lumière et surtout de l'humidité qui vont être utilisées pour composer le remède baptisé « huile de jusquiame ». En voici la recette telle que nous l'avons relevé sur le site http://plantes.sauvages.free.fr/pages-medecine/plante-jusquiame-noire.htm

« Laisser macérer pendant 2 ou 3 jours 50 g de feuilles desséchées et froissées dans 50 g d'alcool pur à 95°.Verser dans un récipient contenant un demi-litre d'huile d'olive et réchauffer au bain- marie, sans porter à ébullition, en brassant de temps en temps pendant 6 heures. Laisser refroidir, passer à travers un linge, bien extraire le jus et conserver dans une bouteille en  verre munie de l'étiquette : «  HUILE DE JUSQUIAME POUR APPLICATIONS EXTERNES – POISON . » 



15/09/2005
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