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le (triste) conte du père (myo) castor

Le (triste) conte du père (myo)castor

 

     Originaire d'Amérique du Sud le myocastor coypus, plus communément baptisé ragondin, est un discret rongeur herbivore aux mœurs tout à fait paisibles. Malheureusement pour lui, il est doté, sous des jarres* longs et rudes, d'une épaisse et douce fourrure. C'est pourquoi, dans la louable intention de lui faire la peau, les pelletiers suscitèrent, à partir de 1882, son importation en France où se développa bien vite l'élevage intensif de ce gros, mais faux, rat  d'un poids respectable  de 5 à 10 kg. La crise de 1929 ruina la plupart de ces entreprises et le père myocastor fut relâché dans la nature.

 

 

      Affectionnant le milieu aquatique et trouvant à sa convenance les étangs, lacs et cours d'eau de son nouveau territoire, l'immigré proliféra, suivant en cela les préceptes divins, jusqu'à atteindre, voire dépasser, paraît-il, le fameux seuil de tolérance ! Sexuellement mature à 6 mois, la femelle peut avoir jusqu'à 5 portées de 5 à 6 petits chacune en 2 ans. Sans doute, même en l'absence de prédateurs privilégiés, tous n'atteignent pas l'âge adulte ; reste qu'effectivement, gros consommateurs de maïs, de betteraves ou de carottes, toutes productions plus appétentes que l'herbier dulcicole qui constitue leur ordinaire, ils sont devenus, aux yeux des agriculteurs riverains, un réel fléau. Sous leur pression, l'animal a été classé nuisible et fait l'objet, depuis quelques années déjà,  d'une véritable tentative d'extermination.

 

      Pour parvenir à ce résultat, la pire des méthodes est la plus souvent employée ; celle de l'empoisonnement à la Bromadiolone, un anticoagulant dont sont badigeonnées pommes ou carottes proposées comme appâts. Bien sûr d'autres animaux, parmi lesquels des espèces protégées, consomment ces fruits et ces légumes, en crèvent, sont à leur tour dévorés…et le poison se disperse dans toute la chaîne alimentaire. En dépit d'oppositions multiples le ministère de l'environnement autorise jusqu'en 2006 son utilisation. Comme pour le Gaucho ou le Régent il s'agit avant tout de complaire à l'industrie chimique à laquelle on doit cette diabolique « panacée ».

     Le Syndicat mixte d'études et d'aménagements du pays Ribéracois a fait de la lutte contre le ragondin son cheval de bataille. Il y excelle puisqu'il annonce fièrement le chiffre de ses prises ; le tonnage plutôt car le bilan  de cette traque est, bon an mal an, de 4 à 5 tonnes. L'opération est effectuée par un piégeur agréé qui dispose d'une centaine de cages-piéges. Une méthode qui, au moins, ne favorise pas la dispersion de la Bromadiolone.

 

     Mais qu'en est-il ailleurs dans le département ? Les homologues du S.M.E.A.P. sont beaucoup moins diserts que ce dernier sur leur propre pratique… et cette discrétion pourrait dissimuler l'emploi du fameux anticoagulant. Quoi qu'il en soit il est quand même paradoxal de justifier cette hécatombe

 ( 5 tonnes pour la seule Dronne de Creyssac à Aubeterre,  ça en fait combien rapportées à l'échelle de la Dordogne tout entière ?) et de la voir mise en œuvre par des structures – celle qui opère dans la vallée de la Nizonne est du nombre- qui, tout comme le ragondin avec le creusement de ses terriers fragilisant les rives, se signalent trop souvent par des mutilations infligées aux berges et au lit des cours d'eau par des débroussaillements à la tronçonneuse et des recalibrages intempestifs à la pelle mécanique. 

 

 

     Mais voici que se profile à l'horizon  un tout nouveau danger pour l'environnement incarné par l'horrible, féroce et redoutable raton-laveur, encore un immigré, débarqué sur le sol national dans les bagages des troupes  américaines et qui, assure-t-on, va mettre en péril tout le fragile équilibre écologique de la France éternelle. Pas de panique cependant car dans ce pays où les fabricants de poison sont assurés de trouver un débouché naturel on devrait pouvoir, grâce à leurs produits, éradiquer, sans trop de difficulté, l'intrus.

 

Christian-Alain Carcauzon

 

*poils plus longs et plus gros mélangés à la fourrure des animaux.

 



30/08/2005
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