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Un vrai cordon bleu

 

 

Le concours de nouvelles organisé par la bibliothèque municipale de Périgueux à l'occasion de son 200ème anniversaire a été remporté haut la main, devant 131 auteurs de toute provenance, par l'écrivaine Chilienne Christina C Acrunoza. Révélée au public par Francis Fargeaudou le spécialiste arédien de la littérature francophone contemporaine, la femme de lettres qui s'exprime dans la langue de Molière recevra son prix le mardi 8 décembre des mains du président d'un jury composé de professionnels du livre, d'un représentant de la mairie de Périgueux et de lecteurs inscrits à la bibliothèque. En guise de "bonnes feuilles" argentine24 vous fait découvrir les premières pages du texte primé.

A

ujourd'hui, elle s'est retirée dans sa cuisine dont elle a laissé entr'ouverte la lourde porte à double battant. Cette pièce de l'entresol  c'est son antre où, comme chaque semaine, elle prépare, durant tout un après-midi le succulent repas dont elle honorera  trois de ses amis, d'authentiques boute-en-train et des becs fins grands amateurs de bonne chère et maîtres-queux reconnus. Puisqu'en ce début d'été indien toujours caniculaire  la température reste élevée et que la chaleur du fourneau sur lequel frissonne l'eau d'un bain-marie l'accroît sensiblement elle s'est dépouillée dans le vestibule de ses vêtements. Sur le dossier d'un fauteuil crapaud elle a étendu son tailleur pied-de-poule à la mode puis accroché au portemanteau, son soutien-gorge, sa petite culotte et ses porte-jarretelles qui flottent maintenant sous l'effet d'une brise parfumée pénétrant dans la pièce grâce aux claires-voies des persiennes maintenues tout juste entrebâillées pour préserver sa pudeur des regards concupiscents de ses voisins qui ne perdent pas la moindre occasion de se rincer l'œil depuis les fenêtres des immeubles en vis-à-vis.

Comme ils sont charmants ces sous-vêtements ; on dirait  des pavillons de courtoisie accrochés au grand mât d'un navire de haute mer habitué aux mouillages exotiques.

Gracieusement équipée d'un court tablier blanc en dentelle ajourée elle s'approche maintenant à pas comptés, carnet et crayon à la main d'une grande et rustique table de ferme à laquelle elle s'accoude. Assise sur une chaise paillée elle griffonne de temps à autres, jambes entrecroisées laissant deviner une brune toison qui vaut largement celle conquise autrefois par Jason, le menu qu'elle établit pour ses invités dont aucun, du moins le croit-elle, ne saurait mériter l'épithète de pique-assiette.

Rêveuse et yeux mi-clos, elle mordille voluptueusement la mine ! Elle retient parmi tous les ingrédients de premier choix que contient son vaste garde-manger ceux qui seront dignes de figurer dans un dîner qu'elle veut hors pair. Elle est, disent ses proches qui connaissent son exigence sans pareille et son souci du qu'en-dira-t-on , du genre soupe au lait et ne supporte pas les critiques que pourrait entraîner un faux pas. La sélection lui est un véritable casse-tête et l'énervement la gagne. Hors d'elle elle déchire une première page. Elle plisse les yeux, esquisse une grimace, secoue la tête… sa chevelure aux magnifiques reflets de jais balaie ses épaules polies et nacrées comme sous l'effet de la vague océane. Ses seins qui appellent la bouche ainsi que la pomme d'api la dent sont si lourds et si fermes que c'est à peine s'ils oscillent sous ce bref mouvement d'irritation.

Le doute l'habite ; pour l'entrée elle balance encore. Après un potage julienne à l'os à moelle servira-t-elle un vol-au-vent financière,? La longueur de la préparation de la pâte feuilletée l'en dissuade alors même, que mettre la main à la pâte lui est habituel . Se rebattra-t-elle sur une quiche lorraine ? Trop ordinaire tranche-t-elle in petto. Un pâté en croûte conviendrait-il mieux ? Elle hésite toujours ! Pourquoi pas, à tout prendre, un chaud-froid de volailles à défaut de langoustes en belle-vue ?

 

Agacée par son indécision elle se dresse pour procéder à un nouvel inventaire des provisions réparties çà et là entre placards, et  réfrigérateurs. Alors qu'à grandes enjambées elle s'approche du congélateur où, pêle-mêle sont entreposés fruits, légumes, viandes et poissons achetés au super-marché proche du rond-point de la grand'rue l'admirable mouvement ondoyant de son derrière aux fesses pleines et charnues en ferait sans doute saliver plus d'un et mettrait, à n'en pas douter, l'improbable témoin de ses allées et venues en grand appétit.

Penchée sur les profondeurs de l' armoire frigorifique elle en explore, poitrine aux tétons érigés sous la morsure du froid et au contact d'emballages glacés, le contenu. Ses mains longues et fines dévoilent  tour à tour des barquettes de petits pois, de pommes dauphines, de champignons de Paris, des filets mignons de sanglier à la sauce piquante, des ris de veau, du petit-salé, du boudin blanc…

Du boudin blanc ? pourquoi pas songe-t-elle.  Non, finalement des bouchées à la reine lui paraissent mieux appropriées. qu'elle fera suivre d'une appétissante dinde farcie. Ces plats elle en maîtrise parfaitement la préparation et leur pleine réussite ne souffre pas l'ombre d'un doute, tant, d'ordinaire elle y met du sien. D'ailleurs ses amis le répètent à gorge déployée par monts et par vaux à ceux de leurs proches avec qui ils sont à tu et à toi  elle est un cordon bleu de « première bourre » Dans le saint des saints de sa cuisine elle mitonne, assurent-ils,  de véritables chefs-d'œuvre qui haut la main peuvent rivaliser avec les prouesses gastronomiques des plus prestigieuses toques de la capitale !

L'œil pétillant, le cœur à l'ouvrage, elle rejoint, sûre d'elle même et de son triomphe prochain, le plan de travail que domine, comme mandorle au tympan d'un sanctuaire, toute une théorie de poêles et de casseroles aux teintes sombres et cuivrées…

Alors qu'elle commence tout juste à verser à pleine-main de la farine dans une terrine le carillon de l'entrée retentit. En toute hâte elle se couvre de la blouse trop étroite de sa femme de ménage dont c'est le jour de repos hebdomadaire. La livrée improvisée moule son corps de trentenaire épanouie . D'une poigne ferme, puisque le boutonner s'avère hors de propos elle maintient serrés les pans du  vêtement qui baillent et laissent entrevoir malgré tout sa poitrine généreuse et ses cuisses qui du lys. ont la suavité.

Le fâcheux est un jeune facteur dont le visage poupin rappelle celui d'un révolutionnaire chouchou des médias qui vient lui distribuer un volumineux colis. Elle s'efface pour le laisser entrer puis prend possession , à deux mains, du paquet qu'il lui tend. Ce faisant la blouse s'ouvre largement dévoilant des reliefs dignes du ciseau de Praxitèle..

À ce spectacle inouï le préposé demeure interdit comme changé en statue de sel bien qu'à y regarder de plus prés une protubérance inhabituelle tende la toile de son pantalon.

Prenant pitié de l'émotion ostensible du malheureux elle le plaque en se collant étroitement à lui contre un homme-debout et, mettant sur la touche son quant-à-soi qui souvent lui sert de garde-fou, parvient, dans un bouche à bouche éperdu, a le sortir de son hébétude.

 « Quand il y en a pour trois (à cet instant précis elle songe à ses invités de la soirée) il y en a aussi pour quatre » lui susurre-t-elle dans le creux de l'oreille avant de lui en renouveler  la confidence sur l'oreiller à l'étage, dans sa chambre à coucher où un lit à deux places en a vu bien d'autres défiler souvent en grappes confuses.

Voilà             effectivement une réflexion de bon-sens  qui, à coup-sûr est digne de susciter l'adhésion pleine et entière des partisans inconditionnels du covoiturage !

De toute évidence le jeune postier se souviendra longtemps de cette tournée particulière qui lui a fait par hasard pousser l'huis de la demeure de la femme de lettres Catherine Millet .

http://www.arlindo-correia.com/catherine_millet_2.html

Pour la rédaction de cette chronique d'art culinaire l'auteur a eu recours à divers adjuvants syntaxiques et grammaticaux qui en font tout le piment, tout le sel Vous aurez le bon goût de ne pas critiquer, fusse du bout des lèvres. sa cuisine littéraire « à l'estomac » (1) quand bien même le vôtre ne pouvant rivaliser avec celui de l'autruche peine à digérer semblable brouet !

Certains déploreront un usage pléthorique des mots composés, à apostrophe ou trait d'union, détachés ou unifiés voire agglutinés lardant la narration comme gousses d'ail le gigot, d'autres regretteront leur présence trop limitée responsable de la fadeur du texte. Toutes ces appréciations sont affaire de palais et d'accoutumance ou non aux épices. Reste que, sans faux-semblants, l'humble pisse-copie boirait du petit-lait à la lecture d' encouragements flatteurs mais décernés sans arrière- pensées

(1) qui a fait la renommée de Julien Gracq

 

Lire aussi : Les belles histoires de l'oncle Pierre.

 



18/11/2009
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