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à Bourdeilles : les templiers dans l'oubliette !

À l’heure où le Conseiller général de Brantôme Jean Gagnayre, désertant son terroir d’élection, s’occupe activement du festival « Les templiers » programmé du 13 septembre au 26 octobre entre Vézère et Dordogne, la petite cité de Bourdeilles attend toujours un coup de projecteur sur l’exceptionnel décor gravé par les « chevaliers au blanc manteau » dans l’oubliette du donjon médiéval.

 

Du château de  Bourdeilles, éclipsant la demeure renaissance dessinée par Jacquette de Montbron, on ne retient qu’elle…et pour cause ! Édifiée au tout début du XIVème siècle par Géraud de Maumont cette tour octogonale est, avec ses presque quarante mètres de hauteur, l’une des plus magistrales constructions guerrières d’Aquitaine. Sa silhouette vertigineuse se reflète, par delà les avant-becs et la bosse du pont gothique, dans les flots irisés de la Dronne pour composer l’image emblématique de l’une des quatre baronnies du Périgord.

C’est dans une fosse ou  une oubliette du premier étage de ce donjon que le spéléologue passionné d’archéologie, Gérard Mouillac, devait mettre au jour, en 1958, un fascinant ensemble de bas reliefs jamais signalé ni  décrit auparavant.

          

La découverte  eut lieu à l’occasion d’une visite du château. Attiré par l’embouchure de la salle sous-jacente encombrée de détritus, l’explorateur souterrain, familier des grands gouffres du Qercy, use, vis-à-vis de la gardienne d’un stratagème efficace qu’il devait nous confier en 1987.

« Pour obtenir l’autorisation d’y descendre je laisse choir volontairement mes lunettes au fond du puits et me répands en lamentations et supplications : pas question de quitter les lieux sans avoir récupéré mes lorgnons!  » Feu vert accordé et échelle des pompiers de la localité réquisitionnée le spéléologue entame sa descente. « Comme l’échelle de 5 mètres s’avérait trop courte pour pouvoir prendre appui sur le sommet du cône de détritus, mon beau frère, calé au dessus de l’orifice, à dû jouer le rôle de point d’ancrage en retenant à bout de bras le premier barreau. Parvenu à son extrémité, j’ai dû sauter dans la pénombre sur ce dépotoir peu engageant. Pour reconnaître les lieux je me suis fait envoyer un journal, qui, enflammé m’a servi de torche de fortune. Grâce à sa lumière aussi vive que fugace, j’ai alors découvert d’exceptionnels bas-reliefs » 

Occupant essentiellement le pan nord de cette salle de 7 mètres de hauteur, les différentes figurations, sculptées à hauteur d’homme,  se répartissent autour d’un personnage orant qui semble assis sur une cathèdre pourvue d’accoudoirs. À sa droite deux Christ en croix dont l’un est entouré par la Vierge et Saint Jean.  À gauche et en bas de l’orant est sculptée une vierge à l’enfant. Au-dessus les représentations sont plus dégradées mais on reconnaît facilement les contours de deux chevaux ayant semble-t-il supporté chacun un cavalier; Plus loin une niche abrite deux autres figurations anthropomorphes…

Pour Gérard Mouillac ces œuvres d’inspiration strictement religieuse  ont été exécutées par des prisonniers enfermés dans ce réduit obscur  parcimonieusement éclairé par un étroit jour de souffrance. Qui étaient ces derniers?  Des templiers de toute évidence ! En 1307 année de l’arrestation massive des disciples de Jacques de Molay, le château de Bourdeilles est propriété du roi Philippe le Bel l’instigateur de cette rafle.

Moins connus que les graffiti templiers de la porte des tours à Domme, les bas-reliefs de l’oubliette du donjon du château de Bourdeilles n’ont fait l’objet, en 1968, que d’une publication succincte dans le bulletin de la Sté historique et archéologique du Périgord !

La plupart des habitants du bourg en ignore carrément l’existence et la Semitour qui gère ( plus mal que bien) le site n’a toujours rien entrepris pour les mettre en valeur. Classé « Site majeur » d’Aquitaine, Bourdeilles va, dans les années à venir, investir avec le concours du département et de la région plus d’1,3 million d’euros…  Il y a gros à parier cependant que la présentation au public des prières rupestres des templiers ne figurera pas aux rang des priorités.  Les gravures et sculptures paléolithiques des grotte et abri proches des Bernous et du Fourneau du diable ne sont pas davantage connues !

L’important, assurément, c’est la billetterie du château et la boutique aux souvenirs…crapoteux !

(Et peut-être aussi, paraît-il, la coupe des tilleuls ombrageant l’ancienne place de la halle !)

 

Affaire à suivre.

ChC le 09/09/08



09/09/2008
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