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L'Archéologie est une discipline trop sérieuse ...

AP - Jeudi 10 juillet, 14h18

PARIS - Le comité scientifique international de la Grotte de Lascaux, qui s'est réuni mardi et mercredi, a noté que le phénomène de "taches" noires observé dans la partie droite de la cavité a repris et "nécessite une nouvelle phase d'élimination manuelle sous surveillance archéologique".

Quel lapidaire, mais éloquent, faire-part de décès  imminent!

Cette perspective fâcheuse explique-t-elle l'absence, le 4 juillet de  Christine Albanel, au chevet du sanctuaire ? Sa venue pourtant était annoncée à son de trompe par notre confrère Sud-Ouest.

                     

Comme Domenech, reconduit dans ses fonctions de talentueux sélectionneur de l'équipe de France de Football, Marc Gauthier est maintenu à la Présidence du Comité scientifique de la grotte de Lascaux.

Il n'y a aucune raison de chasser de leur poste des gens si compétents !

 

L'Archéologie est une discipline… trop sérieuse pour la confier à des fonctionnaires

La sauvegarde de Lascaux aussi !

 

En septembre 40, à la lumière tremblotante d'une lampe improvisée « Une sorte de pompe à graisse avec du pétrole » quatre adolescents de Montignac dissipent les ténèbres d' une nuit de 20.000 ans  et révèlent des fresques inouïes peintes sur les parois d'une caverne inexplorée.

Un sublime message venu malencontreusement s'échouer sur les grèves d'un demi-siècle dévolu à l'extrême barbarie mais dont la découverte enflamme  les scientifiques d'alors comme les personnels des Beaux-arts, ancêtre de l'actuel Ministère de la Culture.  

Tout le petit monde de l'archéologie et de la politique, auquel les notables et les snobs emboîtent bien vite le pas, se précipite en rangs serrés dans le sanctuaire. Il n'est, alors, rien de plus urgent et de plus important, en ce lendemain de défaite, que de se faire voir et photographier, d' être interviewé… Chacun donne son avis, pérore devant les micros et discourt à en perdre haleine, comme aujourd'hui le font tous les apparatchiks de la Rue de Valois à Cannes ou en Avignon sur les marches des palais  du festival ou des Papes … La gloire, même éphémère, est à ce prix !

        Dans la foulée de tonitruantes visites on piétine, sans souci, un sol qui conservait les traces des artistes magdaléniens, on photographie et on filme à la lumière crue des torches à incandescence, on procède, à la hussarde, aux premiers relevés à l'aide de calques directement appliqués sur les figurations… bref avec la complicité active du secrétariat d'État on fait subir à la caverne ses premières mutilations. Il y en aura, au fil du temps, bien d'autres hélas !

Lascaux pourtant est classée : la mesure a pris effet quelques semaines à peine, après sa mise au jour. Elle date du 27 décembre 1940. Cela n'empêchera pas son ouverture au public dès 1948 à la suite de travaux d'aménagement, menés tambour battant sous l'œil impavide des autorités. Ces interventions donnèrent lieu au plus épouvantable saccage archéologique jamais exercé au détriment d'un Monument national. A cette occasion disparurent à jamais et sans que cela soulève la moindre émotion, d'irremplaçables témoignages matériels et culturels traités comme de simples déblais par des terrassiers abandonnés à leur labeur.

Un peu comme si Howard Carter & Lord Carnavon avaient laissé carte blanche aux fellahs égyptiens lors de l'inventaire du tombeau de Toutankhamon !

Ainsi que le rapportent pourtant Brigitte & Gilles Delluc (1) les dangers que faisaient encourir à la grotte une telle affectation touristique étaient connus dès 1947. Une commission scientifique formulait avant même que 2000 personnes ne s'y pressent chaque jour, le souhait que « La visite de la grotte de Lascaux ne soit plus qu'exceptionnellement autorisée ». Ses membres envisageaient, dès cette époque, d'acquérir « les 80 hectares environnants pour la protection »

On sait ce qu'il est advenu de ces avis autorisés !

Résultat, après de multiples attaques bactériologiques induites par une surfréquentation éhontée qui la mit en péril, la cavité bénéficie de l'installation d'une première machine infernale chargée officiellement de dépolluer l'air contaminé par la respiration des visiteurs et les miasmes accrochés à leurs basques ! Le remède sera pire que le mal : il conduira, à la faveur de sa mise en place à une nouvelle dévastation du sol, comme il affectera durablement les peintures, au point qu'en 1963 l'accès au site est interdit. Le ventilateur ne brasse en effet qu'une atmosphère infectée à haute teneur en gaz carbonique et micro-organismes proliférants.

 Sauvée in extrémis par ce coup d'arrêt à l'exploitation touristique, Lascaux peine cependant à recouvrer sa santé. Il faut dire que le filtrage des visiteurs est singulièrement laxiste et que des cohortes d'amateurs bien en cour et de cinéastes et photographes issus de mileux autorisés continuent, en toute désinvolture, à fréquenter la salle des taureaux, le diverticule axial, la nef, l'abside, le passage, le cabinet des félins ou même le fond du « Puits » qui abrite cette extraordinaire et célèbre  scène narrative du bison chargeant un homme à tête d'oiseau !

Mais le coup de grâce allait, pour finir, être administré par le Conseil Général de la Dordogne dans les années 80 ! Se portant acquéreur, auprès de la Société propriétaire de la grotte, d'un embryon de réplique du sanctuaire, l'exécutif départemental, au lieu de mettre un terme à ce projet démentiel en perdition financière, en permettait, 3 ans plus tard l'achèvement.

Jamais, sans doute, décision ne fut plus préjudiciable à l'original pas encore remis des ses « maladies vertes et maladies blanches ». L'hydrogéologue Jean Vouvé a quelque responsabilité dans le choix désastreux du lieu d'implantation du décalcomaniaque Lascaux 2.

 Il se flatte dans son « Lascaux en Périgord noir » écrit en collaboration avec Pierre Vidal et Jacques Marsal d'avoir proposé comme site d'implantation du fac-similé « une exploitation ancienne de pierre de taille (et de moellons)… à quelques pas de la grotte, c'est à dire à 200 mètres au Sud-Ouest de l'original ». Le spécialiste ne pouvait pas être plus mal inspiré ! Pouvait-il ignorer qu'en fonction de la perméabilité en grand du calcaire une si proche localisation de la copie allait, à coup sûr, occasionner de sévères atteintes à Lascaux? (2)

Reste que sa suggestion a recueilli, alors, les faveurs d'une nouvelle commission scientifique sous influence entrepreneuriale… comme quoi les cerveaux les plus brillants  ne font pas, tous les jours, des étincelles !  En 1985 un autre scientifique, J. Brunet, estimera que le volume du réseau karstique non accessible, calculé par la diffusion d'un gaz inerte, injecté dans la grotte, est égal à 30 000 m3,,  soit dix fois plus que celui des conduits fréquentés par les artistes paléolithiques !

Dans les conditions, d'extrême proximité entre original et copie, on peut supposer que l'air du fac-similé, souillé par pratiquement 300. 000 visiteurs par an… se diffuse aux gré des fissurations naturelles de la roche encaissante dans Lascaux. Pas besoin donc de mettre en accusation une nouvelle ventilation installée en 2001 dans la caverne authentique. Le seul et unique responsable de l'apparition et de la prolifération de taches noires sur les peintures n'est autre que Lascaux 2 !

Au ministère de la culture on ne l'ignore pas : pour preuve cette interrogation qui en dit long sur l'identification de l'origine du problème Lascaux II / un développement touristique compatible avec la pérennité du site originel ? Voir http://www.culture.fr/sections/themes/archeologie/articles/article_5

Personne, cependant ne souhaite se hâter d'apporter une solution définitive à cette problématique cruciale : faut-il, oui ou non pour continuer d'engranger les dividendes de Lascaux 2, mettre à mort Lascaux  qui, on l'a bien compris, ne rapporte plus rien sinon des ennuis à tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont eu, à un moment ou à un autre, la responsabilité de sa sauvegarde ?

Ch.C le 14/11/2007

 

         (1)   B &G Delluc : Lascaux retrouve Pilote 24 2003

(2)   J.Vouvé, J. Brunet, P.Vidal J.Marsal Lascaux en Périgord noir Environnement, art pariétal et conservation Fanlac1982

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03/01/2008
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