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Notre traque à nous n’est pas cynégétique mais spéléologique

Notre traque à nous n'est pas cynégétique mais spéléologique

 

Creutt, creutt, creutt…nos bottes fourrées, en s'enfonçant dans la neige fraîche tombée durant la nuit éveillent à chaque pas ce bruit singulier. Le plateau, désert, en apparence ce matin, semble en quête de nouvelles sonorités convenant au silence inhabituel dans lequel sont plongées, pour quelques heures encore, ses vastes étendues caussenardes.

La cape blanche qui les recouvre divulgue clairement les allées et venues des chevreuils, des sangliers, des blaireaux et des renards… des oiseaux aussi. Leurs empreintes innombrables nous hissent commodément au rang de traqueurs mais cet atout, si on s'en prévalait, nous vaudrait la commisération du golden retriever, qui nous accompagne depuis des années dans nos randonnées pédestres. Cannelle a pour elle la supériorité de son flair qui opère d'un bout de l'année à l'autre et dont il faut, en permanence, tant son appétit de proies sauvages est ardent, veiller à réfréner l'usage pour ne pas se ravaler au rang de chasseur !

Notre traque n'est pas cynégétique mais spéléologique et , comme les canicules estivales, les froidures de l'hiver  nous sont, en la matière, de précieuses auxiliaires. Elles génèrent, à l'entrée des cavités karstiques de quelque importance, des manifestations météorologiques parfois spectaculaires comme l'émission de surprenantes colonnes de brouillard de condensation qui valent à certaines cavernes le nom de « trous qui fument »

Bien au delà de l'aérodrome balayé par un vent glacial venu du nord, le sentier qui conduit au « Renfermé » (1) passe au ras de l'embouchure d'un petit aven impénétrable. La cavité se limite à une étroite diaclase obstruée à 4 ou 5 mètres de profondeur. Si elle est en relation avec une des nombreuses galeries assurant le drainage souterrain du causse, l'orifice et ses abords devraient être dépourvus de neige transformée directement en eau par le souffle chaud (12° environ ) de l'air intérieur !

Ce n'est malheureusement pas le cas et sans cet indice stimulant il vaut mieux renoncer à toute tentative de désobstruction et d'élargissement. Un peu plus loin, vers l'est, dans une zone où la pelouse xérophile commence à céder  du terrain à la chênaie, un autre petit gouffre ouvert au marteau-piqueur nous a permis d'entrevoir , il y 2 ans, d'intéressantes perspectives… juste avant que le propriétaire du terrain ne le rebouche et nous en interdise l'accès. Aux alentours une bonne dizaine de dolines laissent envisager l'existence d'un réseau hydrogéologique sous jacent qui devrait d'ici quelque temps être mis à mal par l'extension de la carrière des Charges Minérales du Périgord.

En direction de « La forêt » vaste et belle propriété qui devra supporter bientôt le vacarme infernal des explosifs et des excavatrices et toutes les nuisances liées à l'exploitation du matériau calcaire, nous avons découvert en 2007 un autre aven dans l'orifice duquel pousse un cerisier de Sainte-Lucie. En arrachant l'arbre on pourrait sans doute se faufiler entre les deux lèvres de la diaclase aux dépens de laquelle il s'est établi. À la lisière d'un bosquet la cavité reste facilement repérable et, au terme d'une nouvelle marche dans des paysages transfigurés par la neige nous la retrouvons sans difficulté. Hélas elle ne « fume » pas comme secrètement nous l'espérions ! Tant pis pour nous, tant mieux pour le cerisier qui pourra continuer d' enfouir ses racines dans les profondeurs du sous-sol.

Deux jours auparavant nous avions profité du froid matinal pour contrôler le porche du « Trou du Sureau » qui pourrait bien constituer l'étage fossile du ruisseau souterrain de « Font-Babou ». L'excavation qui surplombe une résurgence dont les eaux sont périodiquement souillées par la carrière (2) ne souffle ni ne fume, comme d'ailleurs les nombreux trous de renards et blaireaux repérés à proximité.

Maigre bilan pour des recherches entreprises il y a plus de 20 ans et dont la revue Spéléo-Dordogne conserve partiellement les traces ! (3) Deux exutoires principaux, La Fontaine de Boudoire et la résurgence de Font-Babou  attestent pourtant l'existence d'au moins 2 ruisseaux souterrains irriguant les combes latérales du plateau d'Argentine. Leur tarissement prévisible  induit par la disparition d'une bonne partie de leur bassin d'alimentation affectera des biotopes exceptionnels laissés, en dépit des déclarations officielles, sans la moindre protection face aux appétits entrepreneuriaux.

 

Ch.C le 7/1/09

 

Photos Ch & Ch  C.

 

(1) Le Renfermé : le soleil serait déjà moins chaud  Le Renfermé : Sur le plateau d'Argentine un site exceptionnel promis à la destruction

(2) Argentine : un plateau massacré !  

(3) Le puits du Coderc

 

 

 

 

 

 



07/01/2009
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