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Orchidées sauvages du Périgord

Plus de 20.000 c'est, selon les spécialistes, le nombre des orchidées connues à la surface de la planète. Si les fleuristes ont depuis longtemps fait des Cattleya et des Cymbidium les hôtes tropicaux les plus remarquables et les plus vendus de leurs boutiques, le commun des mortels ne connaît guère en revanche leurs cousines sauvages des zones tempérées. La France  seule en accueille pourtant 144… tandis qu'en Périgord on en a répertorié 47 soit près du tiers de leur population nationale. Du nord au sud du département elles se répartissent essentiellement sur les pelouses calcicoles des causses jurassiques et crétacés mais on peut, en outre, les observer sur les prairies humides du socle cristallin ou à l'orée des sous bois. Le botaniste Marcel Escat, en sillonnant de part en part la Dordogne pendant une quinzaine d'années, a pu recenser 900 sites d'orchidées .Un véritable travail de bénédictin qui a fait l'objet, en 1994, d'une publication sous l'égide la société française d'orchidophilie.

 

Pour important qu'en soit le groupe,  les orchidées ne sont cependant que des « tard-venues » dans le règne végétal. A peine 2 millions d'années ; une paille comparé aux 250 millions d'années d'existence de la prèle, par exemple, cette herbe vivace de nos prairies et marais dont l'apparition, à la fin de l'ère primaire,  précéda celle des dinosaures.

Pour se tailler une place dans un univers plongé dans une compétition impitoyable, ophrys, orchis, céphalanteres, épipactis, sérapias ou autres dactylorhizas, platantheres et limodores…dont la taille des plus vigoureux représentants  n'excède que rarement 80 centimètres, ont dû développer des stratégies où la duplicité le dispute à l'imagination et à l'originalité. Avec pour enjeu leur reproduction et leur survie !

Si ce n'étaient les menaces que font peser sur elles bétonnage, bitumage, pratiques agricoles et industrielles insensées… et pollutions de toutes sortes sans compter les fauches intempestives et des cueillettes massives bien que prohibées, on aurait pu leur prédire un avenir radieux !

Certaines comme la  neottie ou le limodore pratiquent l'autogamie ou autofécondation mais c'est la fécondation croisée qui pour la plupart des orchidaceae reste la technique la plus sûre pour permettre la perpétuation de la famille. Pour assurer le transport du pollen d'une plante sur une autre de la même espèce ou d'espèce susceptible de produire un hybride, la plante ne doit pas compter sur le vent.  Aggloméré et parfois collant, ce pollen  s'oppose, en effet, à une diffusion éolienne. L'orchidée a donc  recours au service d'insectes pollinisateurs parmi lesquels les mouches, les papillons, les hyménoptères et les coléoptères. Dans cet exercice La couleur et la forme du labelle, le plus remarquable des 3 pétales de la fleur, comptent  pour beaucoup. Souvent, chez le genre ophrys, il prend l'apparence d'un autre insecte et ce leurre sexuel parvient a attirer les hyménoptères mâles qui déçus d'une copulation inaboutie n'en réitèrent pas moins leurs efforts auprès d'une autre orchidée voisine.

 Quand le mimétisme du labelle n'est pas suffisant ou pour renforcer son pouvoir de séduction  la fleur va émettre des messages chimiques quasi semblables à ceux transmis par les phéromones  des femelles hyménoptères. Une fois fécondé l'ovaire va libérer à maturité jusqu'à un million de graines  (100.000 de ces graines  ne pèsent pas plus d'un gramme) semences minuscules qui ne sauraient survivre et germer privées d'une association symbiotique avec le mycélium de champignons du genre Rhizoctonia.  Grâce à ce concours inestimable l'orchidée – son nom vient du grec orchis qui signifie testicule – développera son appareil végétatif souterrain,  rhizome ou pseudo-bulbe qui assurera , parfois au bout de plusieurs années, sa pousse et floraison…

    

 

   

            Le « couillon de chien » au service de l'impuissance

 

Inspirés, sans doute, par la forme du double ou triple tubercule de quelques orchidées certains auteurs anciens comme le botaniste allemand du XVIe siècle L.Fuschs les décrivirent  sous l'appellation imagée de « couillon de chien mâle à larges feuilles » de « couillon de chien, femelle, menue » ou de « triple couillon de chien femelle » C'est, malheureusement pour elle, l'Orchis mâle, qui a fait les frais des vertus supposées de ses bulbes pour remédier à l'impuissance masculine. Jusqu'à une période récente l'industrie pharmaceutique a organisé son arrachage pour obtenir le salep, sorte de farine utilisée en bouillon ou en gelée, réputée être un excellent fortifiant propre à combattre « l'épuisement produit par l'abus des plaisirs vénériens » assure le docteur Cazin. Mais la potion était également  un bon anti- diarrhéique. Actuellement, ce type de préparation, n'est plus guère utilisé en Europe, les mesures de protection de l'espèce ayant porté leurs fruits.

Au reste le plus bénéfique usage de l'orchidée est le plaisir que procure sa contemplation. Goethe qui n'était pas un médicastre en était persuadé ; à preuve cet hommage lapidaire mais définitif  du grand poète allemand :« leur félicité est en elles mêmes ».

 

Christine et Christian CARCAUZON

 

 

 

Bibliographie

 

Coll. Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, Ed. MELOE, 1995

Coll. Guide des Orchidées Sauvages, Ed. DELACHAUX & NIESTLE, 1988

F.J. Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, Ed. Jalons des savoirs, 1997

 

Pour en savoir plus 

Société française d'orchidophilie 17 quai de la Seine 75019 Paris

 

 



29/08/2005
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