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Lascaux : De nouvelles taches noires

De nouvelles taches noires

 

On les considère comme le plus exceptionnel chef-d'œuvre de l'humanité ; depuis leur découverte, en cet été 1940 au cours duquel un noble vieillard allait faire don de sa personne à la France, elles n'ont cessé de faire l'objet de mutilations délibérées. Pas vraiment étonnant, les fresques inouïes de Lascaux, ont, pour leur malheur, été exécutées il y a plus de 18 000 ans sur les parois d'une caverne de ce « Pays de l'homme » bien peu préparé culturellement à recevoir un tel héritage.

 

Aujourd'hui, 44 ans après sa fermeture au public, Lascaux, dans l'indifférence générale, agonise toujours. « Depuis le début de l'année 2007 de nouvelles taches noires seraient ainsi apparues, jusque sur les peintures » assure, dans son édition du 25 septembre, le journal Sud-Ouest qui reprend, seul de toute la presse locale, les propos de Renaud Sanson, l'habile faussaire du fac-similé. En cause, paraît-il « la machinerie qui doit assurer une bonne circulation de l'air » dans la cavité.

 

Peut-être, mais beaucoup de spécialistes estiment qu'après  une première attaque de champignons et de bactéries liée à une sur-fréquentation touristique(1) irraisonnée du site (ouvert au public, au prix d'un stupéfiant saccage archéologique à partir de 1948), c'est indubitablement, l'implantation de Lascaux II à proximité de la grotte découverte par Marcel Ravidat et Jacques Marsal qui génère, depuis 2001, un nouveau déséquilibre bio-climatique préjudiciable à la conservation des peintures magdaléniennes

 

Jean Vouvé, dans son  « Lascaux en Périgord Noir » (2) se flatte d'avoir proposé, comme site d'implantation du fac-similé « une exploitation ancienne de pierre de taille (et de moellons)… à quelques pas de la grotte, c'est à dire à 200 mètres au Sud-Ouest de l'original ». L'hydrogéologue ne pouvait pas être plus mal inspiré ! Reste que sa suggestion a recueilli, alors, les faveurs d'une commission scientifique (sic) ad hoc… comme quoi les cerveaux les plus brillants  ne font pas, tous les jours, des étincelles !

 

Brigitte et Gilles Delluc dans leur propre « Lascaux » (3) ne trouvent rien à redire à ce choix désastreux. Avaient-ils, lors de la rédaction de l'ultime chapitre  « Lascaux II copie conforme », de leur bouquin, tiré une croix sur leur connaissance du milieu souterrain et du karst, nourrie d'une longue pratique de la spéléologie ? 

Pouvaient-ils ignorer qu'en fonction de la perméabilité en grand du calcaire une si proche localisation de la copie allait, à coup sûr, occasionner de sévères atteintes à l'original ?

 

Plus récemment,Jean-Michel Geneste, le conservateur de Lascaux, se montre tout aussi discret sur les causes des attaques bactériologiques récurrentes auxquelles est soumis le bestiaire paléolithique de la grotte. Dans son livre écrit en collaboration avec Tristan Hordé et Chantal Tanet (4), le préhistorien fait dans la dénonciation subliminale (et la langue de bois) en attribuant la reprises des altérations à « de multiples causes (qui) se sont vraisemblablement accumulées jusqu'à ce qu'un facteur aggravant déclenche le processus de dégradation »

 

Au fait, puisque son livre s'intitule « Lascaux une œuvre de mémoire » on ne peut s'empêcher de penser que si la maladie d'Alzheimer est la plus redoutable affection de la mémoire, Lascaux II, pour sa part, aura bel et bien été le cancer de Lascaux !

 

Ch.C Le 1 oct 2007

1)     jusqu'à  1000 visiteurs par jour au début des années 60

(2)     Lascaux en Périgord Noir Fanlac 1982

(3)     Lascaux Éditions du Périgord Noir Périgueux 1984

(4)     Lascaux une œuvre de mémoire Fanlac 2003

  



08/10/2007
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